Lettre aux Chanceux

23 08 2016

Cette lettre s’adresse à tous les chanceux comme moi, à tous ces gens qui sont nés avec des parents bienveillants, avec un environnement rassurant, quels que soient leur milieu social, leurs origines, leur inclinaison sexuelle, leur coupe de cheveux,

À tous ces gens qui sont allés à l’école, qui ont appris le vivre ensemble, la liberté dans le respect des autres, la curiosité, l’exigence,

À tous ceux là j’aimerais dire aujourd’hui que la situation en France m’inquiète plus à chaque fois que j’y retourne et ce, bien que je vive dans un petit microcosme de bobos surprotégé n’ayant jamais eu à subir la violence sociale, la pauvreté ou la précarité,

À tous mes amis, mes proches, mes connaissances, ceux avec qui j’aime débattre, ceux avec qui j’aime moins débattre, 

À tous ceux qui tomberont sur ce blog par hasard, je voudrais dire ces choses très simples. Je sais par avance qu’elles paraîtront « moralisatrices », « bien pensantes », « naïves » à beaucoup. Je m’en fous. Libre à chacun de faire le tri, de contredire, de débattre mais surtout pas de ne rien faire et d’uniquement se lamenter,

Parmi les privilégiés, je suis un mega privilégié, expatrié, avec des enfants vivant dans un cocon surprotégé … mais j’estime que cela m’oblige à parler plus qu’à me taire. Alors voilà pour les évidences :

– Ne confondez pas intransigeance avec suppression des libertés individuelles : En quoi faire un arrêté sur certaines plages de France contre les burkinis résoudra la radicalisation de l’Islam en France ? En revanche, accepter des horaires spéciaux dans les piscines publiques en raison de la confession d’un groupe d’individus n’est pas acceptable. A ces religieux de trouver des piscines privées qui acceptent ces conditions s’ils le souhaitent. Bref, abordons chaque situation avec pragmatisme, pas de manière binaire, au cas par cas.

– Ne laissez pas vos émotions dicter vos actions, les émotions sont indissociables de la raison pour prendre les bonnes décisions : à ce titre, l’acte symbolique de déchéance de nationalité promis après le 13 novembre 2015 par le Gouvernement, est à mon sens une des plus grandes erreurs du mandat du président actuel. Elle est pour ainsi dire inapplicable et n’a eu pour valeur symbolique que de montrer du doigt les binationaux 

– La laïcité sans respect des croyances ou incroyances de chacun n’est qu’une bombe à retardement : non à la burka dans les lieux publics qui va à l’encontre de toutes nos règles de vivre ensemble; comme la nudité est interdite sur la voie publique; oui en revanche au respect des signes religieux de chacun tant qu’ils ne portent pas atteinte aux autres

– Nous ne sommes pas en guerre aujourd’hui : L’extrémisme religieux doit être combattu avec les armes de la république et de la démocratie, ce qui n’exclut en rien l’usage des armes lorsqu’il le faut, mais il faut contrer ces fous de Dieu avec nos armes, par notre arsenal légal et judiciaire

– L’islam peut bien sûr se fondre dans la république, il l’a prouvé pendant des années ! Mais il faut fixer un cadre moins flou pour aider les imams et les musulmans de France à combattre de l’intérieur et à la racine les radicaux 

– L’Etat policier n’est pas une solution : citez-moi un pays musulman où un pays a réussi à combattre avec succès sur le long terme le radicalisme de cette manière. Si vos modèles sont l’Egypte ou la Turquie actuelle d’Erdogan, ce n’est pas ce que je souhaite personnellement pour la France. Nous avons les moyens d’une troisième voie en France, ce qui n’est probablement malheureusement pas le cas dans certains pays du Moyen Orient. 

– Avant de demander aux Musulmans  de France et du Monde de balayer devant leurs portes, réfléchissez à quelles actions vous avez menées ces derniers temps pour combattre le fléau du salafisme ou du wahhabisme, voire des orthodoxies judéo-chrétiennes ou des extrémismes en tout genre 

– Arrêtons de râler ! Et pourquoi pas un petit sourire à votre voisin de métro chaque matin plutôt qu’un klaxon au premier qui vous fera une queue de poisson ? Vous serez le premier plus zen, croyez-en un Tokyoïte parisien dans l’âme !

– Rappelez-vous que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. La France est sidérante de beauté, de diversité, de richesse culturelle, historique, patrimoniale. On s’en rend compte encore plus quand on la voit de loin !

– Passez 30 minutes de moins par jour sur les réseaux sociaux et 30 minutes de plus à lire un vrai livre, un article de plus de 20 lignes ou écouter une émission de fond. L’immédiateté des médias nous tue et supprime la réflexion au profit de l’émotion.

– Les élections présidentielles ont lieu dans 10 mois. Les politiciens ne sont pas plus responsables que vous ou moi de la situation du pays. À la fin de la journée, ce sont des hommes et femmes avec leurs faiblesses, leur ambition, leurs doutes, leur conviction. C’est avec eux, pas contre eux, chacun comme il peut, qu’on pourra améliorer la situation économique, limiter la précarité, faire baisser les préjugés etc. Pas en les traitant de tous pourris ou de tous pareils …

Je m’adresse ici à tous ceux qui ont ou veulent prendre le temps de réfléchir. Je ne vous demande pas d’être d’accord avec moi, j’adore le débat. Mais essayons de stopper la dérive du discours exclusivement sécuritaire au nom d’un soi disant laxisme qui aurait trop duré. Prenons là situation actuelle sans faire l’aggiornamento des gouvernements précédents.  Nous avons aujourd’hui une excellente police et une excellente justice en France. Nous avons autant besoin des deux . Essayons de les améliorer ensemble, pas de sans cesse les confronter,

Ceci est un cri du cœur d’un amoureux de la France et des Français … tout sauf un coup de gueule !





Affaire Cahuzac : Un mal pour un bien ?

5 04 2013

Et voila qu’une nouvelle affaire arrose la vie politique. Le gouvernement en lequel je crois et qui a façonné une partie de sa campagne sur l’exemplarité des politiciens se retrouve plongé dans une affaire sordide, véritable coup de poignard alors que sa popularité était déjà au plus bas. Quel constat ? Et surtout quels enseignements et réflexions peut-on en tirer ?

En quelques mots seulement, un rapide historique des faits : par le biais de tiers puis d’une société tierce, Jérôme Cahuzac a détenu jusqu’en 2009 un compte chez UBS en Suisse qui lui a permis de détourner de l’argent qu’il aurait du déclarer au fisc français. Il a ensuite fermé ce compte et transféré l’argent vers un autre paradis fiscal, Singapour. Des 600.000 euros qu’il prétend avoir détourné du fisc français, nous ne savons pas à l’heure qu’il est s’ils sont issus de ses revenus en tant que chirurgien, en tant que conseiller pour des laboratoires pharmaceutiques ou issus d’autres opérations financières, l’affaire le dira probablement. Il semblerait qu’il y ait en outre un versant politique supplémentaire à l’affaire puisque Le Monde déclarait dans son édition du 3 avril 2013 qu’un proche de Marine Le Pen avait initialement ouvert le compte de Jérôme Cahuzac en Suisse. Blanchiment de Fraude fiscale avéré, mensonge face à toute l’Assemblée Nationale, au gouvernement, à la charte qu’il a signé en tant que ministre, collusion possible entre ses fonctions de conseiller pour laboratoires et ses fonctions sous le cabinet ministériel de Claude Evin, accointances avec le FN .. cela fait beaucoup pour un seul homme qui plus est celui en charge du Budget de la France ! Même le meilleur scénariste de série américaine n’aurait pas osé en écrire autant … pas crédible lui auraient rétorqué les producteurs. Rien ne sert donc de tirer desormais sur l’ambulance au seul moment où, il est vrai poussé dans ses retranchements, l’homme a décidé d’avouer ses torts.
La justice fera je l’espère son travail de manière exemplaire … les politiciens en tireront bien-sur les enseignements nécessaires … et les médias éviteront tous les raccourcis et les jugements à l’emporte pièce … Non, si cet affreux scandale politique doit avoir au moins une utilité politique, il est bien sur le fonctionnement de nos institutions, de l’in(ter)dépendance des trois grands pouvoirs judiciaire, exécutif et législatif auquel on ne peut desormais soustraire les deux pouvoirs médiatique et du monde des affaires. Alors, à défaut d’une analyse construite, quelques pistes de réflexion :

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Dessin Pascal Elie

Sur le Parti Socialiste, les politiciens, le gouvernement et l’image qu’ils véhiculent

1) Pour le Parti Socialiste et le gouvernement, c’est indéniablement un énorme coup de massue. Le pays est en crise economique, le niveau de chômage très élevé, on demande à toutes les catégories de la population de faire des efforts importants et on en demande plus, à juste titre, aux catégories les plus aisées. On imagine aisément les différents raisonnements : les cyniques/tricheurs : « le ministre du Budget nous a entubés, pourquoi pas nous aussi« , les désespérés de la politique/partisans du tous pourris : «  Comment croire à qui que ce soit quand au plus haut niveau de l’Etat on nous ment éhontément« , et même les Don Quichotte idéalistes :  » Merci Monsieur Cahuzac, Monsieur Strauss Kahn, Monsieur Guerini, Monsieur Chirac, Monsieur Tiberi, Monsieur Woerth et consorts, je crois encore en la politique mais comment voulez-vous que je convainque mon entourage après toutes ces affaires. »

2) A court terme, c’est malheureusement une bille de plus pour le Front National de Marine Le Pen et lorsqu’on entend certains espérer qu’une affaire touche rapidement l’entourage de celle-ci, on se désole de constater comme les gens raisonnent à l’envers. Les réactions de bon nombre de cadres de  l’UMP sont à ce titre assez pitoyables. Les mêmes qui se scandalisent (à tort) que la justice puisse enquêter sur l’ex-candidat Sarkozy et ses relations avec Mme Bettencourt se substituent une seconde fois à la justice (à nouveau à tort) pour déclarer que le président Hollande, son premier ministre Ayrault et le ministre de l’économie Moscovici, savaient ou étaient des incompétents. Certains diront cyniquement qu’ils font leur travail d’opposants (et certains au PS auraient probablement fait de même malheureusement), je n’en fais pas partie et je crois que les politiciens devraient passer plus de temps a trouver des solutions systémiques qu’à se taper dessus.

3) A ceux qui disent que François Hollande aurait du savoir, on a aussi le droit de s’interroger sur les sources qui ont dévoilé l’enregistrement. Si Mediapart a fait son travail et se doit de protéger ses sources, qu’en est-il des personnes qui ont eu cet enregistrement entre leurs mains, bien avant les élections en 2012 ? Jérôme Cahuzac a commis une double faute grave et impardonnable, la fraude et le déni, on l’a déjà dit. Mais pourquoi cette affaire n’a-t-elle pas été apportée avant à la justice, l’enregistrement sonore datant de plus de 12 ans ? Et si oui, qu’en a-t-elle fait ?  Ce sont des questions que la justice devra absolument élucider durant le procès car elles touchent à la probité d’autres personnes, Michel Gonelle et Jean-Louis Bruguiere les premiers.

4) Sur la corruption des politiciens : j’exècre le discours du tous pourris. Bien-sur, il n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui. Et bien malin qui pourrait dire la proportion d’hommes et femmes politiques honnêtes. Pour ma part, je reste persuadé que  la volonté de changer les choses, de servir l’État et d’aider ses concitoyens selon ses convictions font partie des moteurs essentiels de la carrière d’un politicien. Si des motivations moins altruistes comme l’ambition et le pouvoir sont bien évidemment présentes (et utiles), elles ne sont pas antinomiques avec l’honnêteté. De nombreux libéraux affirment que la corruption est constitutive d’un trop grand poids de l’État. En d’autres mots, plus il y a de règles, plus on souhaite y échapper. Je crois personnellement que c’est un raisonnement vicié et qu’un cadre, s’il est suffisamment équilibré pour être compris de tous, apporte plus de justice.  Et je ne crois pas non plus, du moins pas totalement à l’assertion de Frank Herbert : « Tous les gouvernements sont affligés d’un grave problème chronique ; le pouvoir exerce une grande attraction sur les natures pathologiques. Ce n’est pas tant que le pouvoir corrompt, mais il fascine les sujets corruptibles. » Si c’est peut-etre vrai d’une minorité de politiciens, c’est , je crois, plutôt leur confrontation fréquente avec la corruption, que leur nature intrinsèque qui en font des hommes corrompus. Par ailleurs, La corruption touche les élus comme les autres professions mais les conséquences sont plus dévastatrices car elles ont un impact médiatique, symbolique et direct sur les concitoyens qui se sentent trompés (car ils sont en droit d’exiger cette exemplarité).

La corruption est une faiblesse humaine contre laquelle nous sommes tous amenés à lutter personnellement. Dès tout petit, depuis l’origine des temps si l’on se réfère aux mythes religieux, l’homme est tenté d’enfreindre les règles, les lois. C’est pour cela que des lois et une répression doit s’exercer de manière efficace. Prenons un exemple contemporain qui illustre cette problématique. La plupart des citoyens n’ont jamais volé dans un magasin ou peut-être par esprit de contradiction ou de rébellion pendant l’adolescence. En revanche, si vous sondez votre entourage sur le téléchargement illégal de musique ou de film, les chiffres vont être inversement proportionnels. Est-ce parce que l’offre est trop chère ou limitée, peut-être un peu … mais la principale raison est qu’il est très facile de télécharger illégalement et que l’internaute ne ressent aucun risque devant cette fraude. Portant il s’agit d’un vol tout aussi grave qu’un vol de bouteille dans un supermarché ou de bijou dans un magasin. Le politicien fraudeur est cet internaute qui a l’impression qu’il pourra passer aisément entre les mailles du filet.

Si de par son pouvoir, les tentations sont fréquentes, le risque de se faire prendre et la sévérité des peines ne sont pas assez dissuasifs. Sur ce dernier point, j’ai deux exemples en tête. 1) Le permis à points, je suis le premier à jongler avec ma vitesse sur l’autoroute selon les points qu’il me reste sur mon permis, c’est probablement stupide mais cela fait partie de la nature humaine. 2) Le dopage dans le sport. La prévention, la recherche, le suivi longitudinal sont bien-sur des moyens de lutte contre le dopage mais si la sévérité des peines augmente, la prise de risque des sportifs fraudeurs diminuera aussi proportionnellement.

Il s’agit donc d’édicter de nouvelles règles du jeu et non pas de moraliser vainement quelque population que ce soit. L’exécutif, avec le parlement et l’appui de la justice doivent travailler, hors effet d’annonce, sur deux pistes : une exigence de transparence (un équivalent du suivi longitudinal dans le sport qui quoi qu’en pensent les blasés a fait du bien au cyclisme français) et un éventail de sanctions plus dissuasives en fonction des fraudes. En ce sens, la déclaration de François Hollande du mercredi 3 avril va, je crois, dans le bon sens même si elle ne constitue qu’un seul petit pas. Sans être un expert en collectivités territoriales, et conscient que cela constitue un chantier complexe, il me parait aussi être du bon sens que d’en supprimer un échelon, probablement les départements : outre les économies que cela pourrait constituer, cela réduirait de fait les affaires qui touchent les collectivités locales. Enfin, le gouvernement doit s’atteler à mettre en œuvre une loi pour le non cumul des mandats et réfléchir à un meilleur cloisonnement entre secteur privé et public (que de politiciens, anciennement avocats, que d’ex-ministres, devenus conseillers dans leur domaine de prédilection. Il ne s’agit pas d’interdire mais de réfléchir à comment limiter les effets de collusion ).

Sur les médias et la politique

1) On a beaucoup glosé lors de ce feuilleton médiatico-politique  sur le rôle des journalismes et on a voulu opposer deux camps : celui du journalisme d’investigation incarné par Edwy Plenel et son site Mediapart, révélateur de l’affaire, et celui des médias défendant la présomption d’innocence incarné par Jean-Michel Apathie. Si deux tendances s’affrontaient, il est amusant de constater que tous ceux qui exigeaient de Mediapart de fournir des preuves plus concrètes, Le Monde par exemple, sont ceux-la même qui tirent desormais sur l’ambulance en sortant aujourd’hui une affaire sur les relations entre Jérôme Cahuzac et des membres de l’extrême droite. En effet, on ne pourra s’empêcher de sourire ou plutôt de rire jaune à l’empressement de cette presse à desormais accabler l’homme à terre. Sans sombrer dans la théorie nauséabonde du complot médiatico-politique, comment ne pas croire, soit que les journalistes ont été empêchés de révéler certaines informations, soit, à tout le moins, que le timing est particulièrement racoleur. Mais comme le dit très bien Bruno Roger-Petit sur son blog, il ne s’agit surtout pas, maintenant que l’affaire a été déflorée, de dresser Edwy Plenel comme un héraut du journalisme indépendant et Apathie comme un symbole de la collusion entre médias et politiciens. Bruno Roger-Petit a raison quand il dit : « D’une interrogation légitime au sujet des méthodes de Mediapart, on arrive à un débat falsifié : « Plenel ou Aphatie, choisissez votre camp ? », et c’est bien là le drame. Personnalisation du débat, hystérisation du dialogue, et la raison qui abandonne les uns et les autres, les seconds faisant dire aux premiers ce qu’ils n’ont pas dit, et réciproquement. Et pourtant ! On persiste ici à dire que les méthodes de Mediapart doivent être questionnées et interrogées. Trop souvent en effet, Edwy Plenel et son successeur désigné, Fabrice Arfi, donnent l’impression d’user plus de supputations débouchant sur une information que d’affirmations reposant sur une investigation. »

2) Une fois de plus, plutôt que de s’interroger calmement sur les méthodes de la presse, on préfère lancer un débat dénué de nuances. Personnellement, la voix idéale me parait difficile à trouver. Le journalisme d’investigation est nécessaire mais il se doit d’être très prudent quant à ses révélations quand on sait les conséquences sur la carrière d’un politicien  de rumeurs infondés ou tout simplement de faits non avérés. S’il est sain dans une démocratie qu’un journalisme d’investigation puisse exister, il se doit au même titre que les politiciens d’être au-dessus de tout soupçon et d’avoir la même exigence pour ses méthodes que vis-a-vis des fraudes qu’il dénonce.

3) Par ailleurs le journalisme ne peut se substituer à la justice et c’est une dérive d’Edwy Plenel. Il s’en défend bien sur mais se contredit lorsqu’il écrit, au nom de Mediapart, au Procureur de la République pour, de ses propres mots « expliquer pourquoi les informations que nous avons révélées devraient faire l’objet d’une enquête judiciaire indépendante, dans l’intérêt de la manifestation de la vérité« . Il signale même dans cette lettre qu’il a saisi également la Garde des Sceaux … quoi, Edwy Plenel sous-entend que l’exécutif pourrait s’immiscer dans la justice ? Il ne s’agit pas ici de critiquer l’enquête d’Edwy Plenel mais bien de son utilisation a posteriori. Edwy Plenel n’est plus dans son rôle lorsqu’il exige l’ouverture d’une enquête. La Justice le fera si elle l’estime nécessaire suite aux révélations.  Les Medias ne peuvent et ne doivent pas se substituer à la justice. La Justice, quant à elle, ne devrait pas utiliser les médias comme elle le fait régulièrement pour attaquer les politiciens. Car, a ce jeu du je te tiens tu me tiens par la barbichette, on comprend bien que chacun y perd de son indépendance, pourtant défendue à cor et à cri.

Sur notre démocratie

Il y a deux manières de voir cette affaire Cahuzac, quant à ce qu’elle dit sur notre démocratie.

La première, c’est le verre à moitié vide : une affaire de plus qui touche nos politiciens. La démocratie va mal et nos concitoyens ne font plus aucune confiance dans nos politiciens. Le verre à moitié plein : c’est constater que notre démocratie ne va pas si mal, qui est capable, en quelques mois, d’évacuer pour raison légitime, une des personnes appartenant aux plus hautes sphères de l’État. Si l’on retrace l’historique, un journal d’investigation a dévoilé une affaire grave, la justice s’en est emparée, la personne mise en examen a alors été immédiatement démise de ses fonctions puis elle a avoué. Reste à voir la peine qu’encourra Jérôme Cahuzac mais ce timing, si tant est que de nouvelles révélations ne touchent pas l’entourage du Président et des ministres, me parait plutôt « démocratique. »

Sur la fiscalité, les paradis fiscaux et la transparence bancaire

1) Il faut combattre plus efficacement les paradis fiscaux, un des fléaux de nos temps modernes. De même que l’harmonisation fiscale est une des conditions sine qua non pour la survie de l’Europe (on a beau jeu de critiquer l’Allemagne et l’UE sur la situation à Chypre mais la vraie problématique est que l’on ne peut pas accepter de tels écarts de politique fiscale au sein de l’UE, sauf à créer des zones franches qui bénéficient à des industries et non pas à des particuliers fortunes qui veulent payer moins d’impôts), une véritable lutte contre les paradis discaux doit être menée. Malgré les beaux discours depuis la crise financière de 2008, trop peu d’actions ont été menées par le G20. Mais avec les lobbys énormes des banques, des grosses sociétés et des fortunes qui sont impliquées, on comprend aisément que la majeure partie des pays du G20 ont peur de se tirer une balle dans le pied.  C’est au prix de courage politique mais aussi de compromis que ce combat peut avoir une chance d’être gagné, pas avec des effets d’annonce.

2) Cette affaire montre également que les lois sur le secret bancaire doivent être encore améliorées même si elles ont été modifiées ces dernières années. Lorsque l’on sait les sommes détournées tous les ans des impôts, en France ou ailleurs, que les États puissent avoir les moyens d’enquêter sur les sources et les détenteurs des comptes bancaires ouverts à l’étranger avec une meilleure transparence des organismes financiers parait indispensable aujourd’hui, bien évidemment dans un cadre strictement défini pour préserver les libertés individuelles.

Soyons optimiste et voyons dans cette grave crise politique une occasion de remettre à plat une partie du système. François Hollande n’a jamais été aussi affaibli et, paradoxalement, personne ne pourra l’empêcher aujourd’hui de prendre des mesures fortes et justes pour obliger à l’exemplarité les politiciens et pour améliorer nos institutions. Espérons qu’il saisira cette unique opportunité. Dos au mur, s’il recule, ce n’est pas seulement lui mais un pan de la République exemplaire qu’il défend qu’il fera tomber.





On peut rire de tout mais pas dans toutes les circonstances

20 09 2012

Retraçons les faits simplement : un extrait (treize minutes tout de même) d’un long-métrage en fait inexistant, L’Innocence des musulmans, est mis en ligne sur internet, par des islamophobes qui, non contents d’être a l’origine d’une poudrière, se cachent derrière des noms d’emprunt et semblent avoir trompé certains protagonistes emportés bien malgré eux dans cette affaire. Il faut avoir vu quelques minutes du film pour comprendre la bêtise et l’amateurisme de ceux qui l’ont produit. Pour quiconque avec un peu de recul, le film insulte bien plus ses auteurs qu’une religion mais la n’est pas la question. Suite a la propagation de cette parodie de film sur les réseaux sociaux et sur certains médias arabes, la colère monte rapidement chez certains musulmans, probablement orchestrée par des mouvances radicales. Et les violences suivent, la mort de l’ambassadeur américain en Lybie n’ayant apparemment pas rassasié la colère des extrémistes, bien au contraire. Alors que le gouvernement américain tente tant bien que mal d’endiguer ces violences vis-à-vis de ses compatriotes dans le monde arabe en condamnant notamment la provocation stupide de ces images, Charlie Hebdo décide de publier ce mercredi 19 septembre de nouvelles caricatures de Mahomet au nom de l’actualité et de la sacro-sainte liberté d’expression.

Tout d’abord je différencie bien sur un journal comme Charlie Hebdo – dont l’impertinence a toujours été la marque de fabrique et qui a toujours revendiqué un ton libertaire et anarchiste – avec une production dont l’objectif est clairement l’attaque de l’Islam part des manœuvres dignes d’extrémistes. Mais j’en viens a la raison de ces quelques lignes : était-il nécessaire de publier ces caricatures dans ce timing ?
La rédaction de Charlie Hebdo aura probablement deux principales lignes de défense pour justifier la parution de ces caricatures : la sacro-sainte liberté d’expression qui ne doit être remise en cause selon aucun critère et la démonstration par la preuve :  » si nos écrits engendrent les violences ou le menaces de morts de certains musulmans, il est d’autant plus important de les oublier car cela prouve l’obscurantisme de ces extrémistes « .

Aux deux arguments, je répondrais qu’ils sont fallacieux car tout homme épris de liberté et d’ouverture d’esprit ne pourrait que les accepter. Mais il ne s’agit pas de les remettre en cause, plutôt d’axer le débat sur un autre terrain. Aux idéalistes et aux théoriciens, il faut répondre pragmatisme et réalité et poser la question un peu brutalement : Jusqu’où iraient vos idéaux de liberté ? Prêts à mourir pour les défendre, certes, encore que nombre des journalistes concernés ne voudraient pas aller jusque ces extrêmes et nous les comprenons ! Mais prêts à envenimer une situation et contribuer à la possibilité de représailles vis-à-vis de compatriotes à l’étranger ?

Par ailleurs, et pour mieux cerner la flambée des violences sans chercher à les excuser, il faut aussi comprendre que nombre des manifestants sont instrumentalisés d’une part par certains médias locaux, d’autre part par les organisations terroristes ou certains leaders extrémistes. Par les médias locaux, qu’ils soient à la solde de gouvernements anti-américains ou qu’ils fassent un mauvais travail caricatural (comme de nombreux journalistes occidentaux dans l’autre sens), assimilant les provocations d’un stupide producteur ou l’humour corrosif d’un journal à l’opinion publique des pays concernés. Et par les organisations fondamentalistes qui voient là un terreau parfait pour rassembler autour d’un ennemi commun. L’apparition publique au Liban du leader du Hezbollah en est l’illustration parfaite.

Encore une fois, il ne s’agit pas de mettre sur une même échelle les provocations des uns et les violences des autres. Sous aucun prétexte je ne remettrais non plus en cause la liberté d’expression : tout donc sauf infliger une peine ou une interdiction de paraitre au journal. Mais dans une logique de débat et d’ouverture d’esprit, j’aimerais juste poser la question de l’humain à ces grands pourfendeurs de la liberté individuelle : est-il vraiment opportun dans un tel contexte d’appuyer là où ça fait mal au mépris des conséquences ? Ne faut-il pas faire acte parfois de discernement et tenir compte du contexte ? C’est une question pas si évidente car, bien sur, le risque est de céder au chantage des extrêmes. Mais, sans faire ici un procès d’intention, il est permis de s’interroger sur la pertinence d’une telle publication. N’a-t-on pas ainsi aidé a déclencher des propos extrêmes (a lire certains commentaires sur les articles de journaux modérés) visant a exacerber une nouvelle fois l’Islam, faisant le jeu des fondamentalistes de tous bords ?

Comme le disait si bien Desproges que l’on ne saurait taxer de « bienpensance » ou de conformisme : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. ». On pourrait peut-être y ajouter, simplement, « pas dans toutes les circonstances. »





L’affaire DSK : vérité, transparence et exigence

31 05 2011

J’écrivais sur ce blog il y a 9 mois un article sur les méfaits de l’immédiateté de l’information. L’affaire DSK qui secoue la planète depuis quelques semaines, plus que par l’aspect glauque et triste qu’elle prendra quelles que soient les conclusions de la justice américaine, est un nouveau révélateur des dérives de notre société en termes d’informations.

Caroline Fourest, écrivain, journaliste et chroniqueuse sur France Culture résume en une phrase la situation. Pour la paraphraser : Exiger la vérité des hommes politiques ou de l’information est une condition indispensable à toute démocratie moderne. Exiger en revanche la transparence est une absurdité et un véritable danger pour n’importe quelle démocratie. Or ce que nous vivons en ce moment avec ce renversement inquiétant des journaliste français qui font leur mea culpa en déclarant qu’ils auraient dû depuis longtemps écrire dans leurs colonnes sur les frasques de DSK me semble une dérive populiste grave. Je m’explique : soit DSK a déjà commis un viol ou une agression susceptible d’engendrer une décision pénale, soit … rien. Ses attitudes machistes, ses affaires extra-conjugales, si elles ne dépassent pas le cadre de la pénalisation, n’ont pas lieu d’être dans des journaux d’information, sauf à décrire la personnalité de l’homme dans le cadre d’un portrait mais sans que cela attente à sa vie privée.

Je défends sincèrement le combat des féministes lorsqu’il s’agit de lutter contre les abus de pouvoir, contre les inégalités, pour tous leurs combats pour aider les femmes à s’extirper des violences conjugales ou des agressions sexuelles, quelles qu’elles soient. Mais ce n’est pas aider la cause que d’exiger un déballage médiatique, rempli de confusions et qui , comme pour de nombreuses affaires précédentes décide de faire le procès avant l’heure. Sur cette affaire, les spectateurs ou les internautes ont été alimentés d’informations, souvent contradictoires, quasiment heure par heure pendant les premiers jours, sans aucune retenue de la part d’aucun media, si ce n’est l’usage du conditionnel pour faire bonne figure.

Sous le malsain prétexte de la transparence, les medias français décident de jouer désormais le jeu des tabloïds anglo-saxons : aucun respect de la vie privé, aucun respect de la présomption d’innocence qui a tant été brandie ces dernières semaines sans jamais être respectée. J’ai par exemple été subjugué par l’attaque de Laurent Joffrin face à Robert Badinter lors d’un débat télévisé sur France 2. Ce dernier se voit accusé de collusion avec les puissants, d’absence d’empathie pour les petits de ce monde, sous prétexte qu’il est un des seuls à répéter clairement les principes de justice fondamentaux qui doivent protéger une démocratie. Laurent Joffrin l’accuse en creux de ne pas s’intéresser au sort de cette femme de chambre mais il aborde l’affaire complètement à l’envers. Dit froidement, la question n’est pas d’avoir ou pas de l’empathie pour une femme de chambre qui a possiblement été violée, sur cette question Robert Badinter comme 99% de la planète aura en tant qu’homme de la compassion. La question fondamentale, c’est de respecter une procédure de justice et d’éviter justement de transformer une affaire pénale en un procès des comportements soi-disant courant chez les hommes de pouvoir. Les journalistes raffolent des simplifications et des généralisations. Sous prétexte de cette affaire, ils vont donc s’emparer d’un « sujet de société » et vont désormais essayer de dénicher toutes les affaires du même type pour prouver que c’est chose courante. De la même manière, nous avions le droit lors des émeutes en France à un décompte du nombre de voitures brulées dans chaque ville de France toutes les nuits mais au risque de décevoir certains, des voitures continuent à être brulées toutes les nuits en France, la seule différence c’est que les médias ont décidé de ne plus s’y intéresser (certes parce que les chiffres sont moins importants mais surtout parce que ce n’est pas le sujet tendance du moment). Je pensais que la violence de Laurent Joffrin face à Robert Badinter serait condamnée par la majorité mais c’est l’inverse qui s’est passée : Laurent Joffrin est apparu comme une sorte de Zola Dreyfusard au secours des pauvres gens face à ce pouvoir qui ne respecte rien. Très franchement, quand on sait ce qu’a fait Robert Badinter pour la justice de notre pays et par conséquent essentiellement pour les petites gens qui ne peuvent pas toujours se défendre comme les autres, il y a de quoi être écœuré par ce populisme surprenant de la part d’un journaliste pourtant de la mouvance mesurée.

Pour conclure et revenir sur les dangers de la transparence qui nous guette, je prendrai un dernier exemple. L’essor des sites type Wikileaks qui décrètent que « toute vérité est bonne à dire » et surtout qu’elle peut être dite à tous. C’est pour moi une dérive dangereuse du journalisme d’investigation pour trois raisons : contrairement à du bon journalisme d’investigation, il n’y a plus aucune éthique, plus aucun comité de rédaction pour se poser la question de la publication des informations. On étale tout ce que l’on récupère, à tout le monde et sans filtre. C’est d’une dangerosité extrême pour nos démocraties, pour le rapport entre nos classes politiques et les électeurs voire pour les équilibres géopolitiques de la planète. Ce sont pour moi des actes totalement anarchistes qui ne soucient pas du bien des populations mais qui cherchent à casser les systèmes en vigueur sans se soucier des conséquences. Ce système ne protège en outre en aucun cas les sources, ce qui est pourtan t l’essence du journalisme d’investigation. Enfin cela remet en cause le principe de la démocratie représentative qui est sacrément attaquée en ce moment. De plus en plus, on entend des politiques relayés par des médias encourager la démocratie participative. Que l’on soit bien clair : vous aurez lu à travers ces lignes que je considère l’engagement politique ou associatif comme des moteurs indispensables à des démocraties en bonne santé. Mais il me parait dangereux de faire croire aux gens qu’ils pourront décider d’une politique nationale, voire internationale à coups de réunion et de débats d’idée. Le principe de toutes nos démocraties modernes se fonde sur la représentativité : des élus que nous avons choisi pour leurs opinions et encore plus leurs compétences et sur l’indépendance et la compartimentation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Un quatrième pouvoir financier a toujours existé et a clairement pris le dessus ces dernières années mais il ne s’agit pas pour le réguler de faire n’importe quoi.

Je dis oui à Stéphane Hessel quand il demande aux jeunes de s’engager mais j’acquiesce encore plus quand il demande dans son recueil suivant de voter. Et, afin de retrouver une confiance dans nos hommes et femmes politiques, il s’agit aussi d’aller aux urnes pour voter, il s’agit aussi de s’engager politiquement plutôt que de crier « tous pourris » alors que nombreux sont ceux qui s’engagent par vocation et qui tentent de faire progresser notre société selon leurs vues. Laissons aussi la justice faire son travail avant de crier à une justice à double vitesse et messieurs, mesdames des medias, supprimez « transparence » de votre vocabulaire et remplacez-le de temps en temps par exigence.





Nouveaux Medias de l’Immédiateté : Suppo « R » ts de Satan des Politiciens et des Terroristes

24 09 2010

Les attentats du 11 septembre 2001 ont ébranlé le monde par leur violence inouïe et ont marqué une nouvelle ère dans le terrorisme. C’était il y a déjà 9 ans. Ce qui a marqué, au delà du nombre de morts et de la portée symbolique des bâtiments visés, c’est la vitesse à laquelle l’information a été propagée. Avant même que la seconde tour du World Trade Center ne s’écroule, des millions de personnes étaient déjà rivées sur Internet pour essayer de suivre et comprendre ce qui était en train de se passer.
Les terroristes de tous bords – comme les politiques et tous les communicants et vendeurs de cette planète – ont bien intégré la puissance des médias globaux et immédiats comme la télévision et encore plus internet. Ils donnent à leur action une portée exponentielle et il est à ce titre intéressant de se demander quelle est l’intrication entre terroristes, politiciens et ces supports à travers deux exemples récents :

Une controverse est née il y a quelques mois aux États-Unis autour de l’édification possible d’une mosquée près des ruines de Ground Zero. Pour un récapitulatif succinct mais objectif : C’est au départ le maire de la ville de New York, Michael Bloomberg, qui, suite à une décision unanime de la municipalité, a levé début aout les principaux obstacles légaux à la construction de cette mosquée et de ce centre islamique. Rappelons pour ceux qui ne le sauraient pas que Michael Bloomberg est juif et républicain et qu’il a encore récemment affirmé son soutien au gouvernement israélien, cela pour dire que l’on ne peut pas le complimenter ou le taxer de gauchiste idéaliste (choisissez la mention que vous préférez). Mais son discours prononcé le 3 aout est un prototype de ce que les États-Unis en tant que nation (je ne parle pas de nombreux épisodes/gouvernements regrettables qui ont jalonné leur histoire mais nous avons tous les nôtres) ont toujours prôné vis à vis de la religion et de l’individu : liberté de penser, liberté d’expression, liberté de culte. Vint ensuite se greffer à cette déclaration un discours attendu d’Obama le 13 août, lors du ramadan. Je vous en donne ici un court extrait :

The 9/11 attacks were a deeply traumatic event for our country. And the pain and the experience of suffering by those who lost loved ones is just unimaginable. So I understand the emotions that this issue engenders. And Ground Zero is, indeed, hallowed ground.

But let me be clear. As a citizen, and as President, I believe that Muslims have the same right to practice their religion as everyone else in this country. And that includes the right to build a place of worship and a community center on private property in Lower Manhattan, in accordance with local laws and ordinances. This is America. And our commitment to religious freedom must be unshakeable. The principle that people of all faiths are welcome in this country and that they will not be treated differently by their government is essential to who we are. The writ of the Founders must endure.

Il exprime alors en d’autres termes les mêmes idées que Michael Bloomberg, celles de la liberté de culte et du respect de la propriété privée et, comme lui, y ajoute que le projet devra bien-sûr être suivi de près afin qu’il soit l’occasion d’une meilleure connaissance de l’Islam plutôt qu’un prétexte à oppositions ou altercations.
Que n’a-t-il pas dit …. journaux et politiciens républicains (Sarah Palin en tête) voire certains démocrates lui sont tombés dessus en accusant cette position, au mieux de démagogie vis-à-vis des gouvernements musulmans, au pire d’irrespect pour les morts et les familles des victimes du 11 septembre 2001. L’épiphénomène de ce feuilleton médiatique arrive avec la déclaration d’un pasteur floridien azimuté et extrémiste (avec un révolver posé en évidence sur son bureau tout de même …), annonçant l’autodafé d’un Coran le 11 septembre 2010 si le projet n’était pas enterré. Il a finalement renoncé à son geste mais cela n’a pas empêché des manifestations dans de nombreux pays musulmans.
Voilà, vous avez toute ou partie de l’histoire … mais, en dehors de l’opinion que vous puissiez avoir sur la question de l’édification de cette mosquée, ce qui pose question est cette vitesse de propagation d’une information pas importante en soi (il existe des excités partout et bruler un livre, religieux ou pas, ne représente pas un délit) mais dont la réception commentée et/ou déformée peut avoir des répercussions géopolitiques graves.

Ce pasteur a pu via internet proférer ses menaces d’autodafé et il aurait pu mettre en scène son acte et le mettre en ligne de telle sorte que dans les minutes qui auraient suivi, la vidéo aurait fait le tour du monde sur la toile, sans compter les nombreuse chaines qui auraient décidé de montrer les images ou de véhiculer l’information, cherchant avant tout l’audimat. En outre, ce n’est bien sûr pas le discours d’Obama ou de Bloomberg que vous aurez majoritairement vu ou entendu sur les chaînes de télévision, ce sont bien sûr les discours de ce pasteur floridien dont personne n’aurait rien à cirer sans la magnifique invention qu’est Internet.

Entendons-nous bien : je ne suis pas un réactionnaire regrettant le télégraphe que je n’ai jamais connu ! Je suis d’ailleurs ici le premier à mettre en ligne mes réflexions et à me servir de cette source infinie d’informations qu’est Internet. Non, ce qui m’inquiète : c’est la puissance et l’absence de contrôle de ces nouveaux médias. Ce qui m’inquiète, c’est l’absence de filtre à recevoir de l’information ou de la désinformation via Internet. Ce qui m’inquiète c’est l’obligation des journalistes web / télé ou des quotidiens à traiter l’information par la biais du sensationnel et du voyeurisme plutôt que via l’analyse. Bien-sûr ce sont aussi ces médias qui permettent à des dissidents de nombreuses dictatures de passer à travers les mailles de leurs gouvernements et de nous transmettre plus vite la vérité. Mais quelle arme à double tranchant … et ce deuxième exemple en est une bonne illustration :

L’enlèvement et tous les événements qui ont pu se dérouler avant, pendant et après la libération d’Ingrid Betancourt relèvent du pouvoir des médias et de leur utilisation par tous les acteurs de ce drame.
Je vous éviterai ici la chronologie des faits trop nombreux et complexes. Pour les courageux ou les curieux, la principale intéressée vient de sortir un livre de 700 pages, récit de sa captivité et, que l’on éprouve antipathie et/ou compassion pour le personnage ( dur d’éprouver de la sympathie en tout cas), le livre, si j’en crois certains critiques, présente en tout cas l’intérêt d’être un témoignage assez unique sur ce type de captivité.
Ce qui m’intéresse ici, c’est donc l’utilisation des médias par tous les protagonistes jusqu’à Ingrid Betancourt elle-même :

– Les FARC se sont bien sûr servis de la notoriété de leur otage, notamment vis-à-vis du gouvernement français qui fut prêt à un stade des négociations à accepter sur son sol des membres de leur organisation en tant que réfugiés politiques.
– Le gouvernement colombien (dont il faut rappeler qu’Ingrid Betancourt était une opposante au moment de son enlèvement en 2002, reconnue à l’étranger mais peu en Colombie, elle était alors créditée d’à peine 1% des intentions de vote) : Alvaro Uribe, longtemps gêné par la notoriété de cette otage à l’étranger, notamment en France, a finalement récolté une belle popularité, tant dans son pays qu’à l’étranger, via l’opération réussie pour sa libération et celle de 14 autres otages.
– Le gouvernement Français (de Villepin à Sarkozy), bien relayé par les médias et les people (d’Ardisson à Renaud) en a fait une priorité dans sa politique extérieure, quitte à mettre à mal ses relations diplomatiques avec plusieurs pays. Il s’est bien-sûr attribuer une belle part du gâteau dans sa libération alors qu’il avait essuyé fiasco sur fiasco et que la libération elle-même ne doit rien à la diplomatie française. Je suis par ailleurs peu étonné mais tout de même choqué de voir l’énormité des moyens mis en œuvre pour la libération d’une seule personne, sous prétexte de sa notoriété et de sa proximité avec des politiciens (Ingrid Betancourt est la belle-soeur de l’ambassadeur Français en Colombie de l’époque et une amie proche de Villepin) quand d’autres continuent à subir le même sort mais ne jouissent du même intérêt médiatique.
– Et Ingrid Betancourt, qui, si elle a subi les pires atrocités et des traitements inhumains que l’on ne peut souhaiter à personne sur cette planète, n’en reste pas moins une communicante experte dans l’art d’utiliser les médias à ses propres fins.

Bref, cette histoire glauque à tous les échelons, dénote, en plus de ce pouvoir de transmission de l’information (les FARC, et même Ingrid Betancourt via son poste radio, recevaient en temps réel les infos nécessaires au fin fond de la jungle et pouvaient faire de même), de la guerre de l’information que peuvent se livrer politiciens, terroristes et autres protagonistes, à des fins populistes ou électoralistes, et cela avec l’aval inconscient de cette machine incontrôlable et inarrêtable à régurgiter tous les contenus.

Mais pour finir avec une note plus positive, force est de constater qu’a contrario les populations, plus elles sont habituées à ces nouveaux médias, plus elles agissent tels des petits journalistes à leur échelon : Elles interprètent les informations, elles filtrent (en démultipliant les sources) et elles réagissent à leur tour en véhiculant leurs opinions via blogs et forums comme je m’efforce de le faire ici.





Dîtes 33

8 09 2010


A 33 ans, Jésus était déjà mort, Mozart écrit un de ses derniers chefs-d’œuvre, Cosi Fan Tutte, Mandela est le premier avocat noir de Johannesburg et devient vice président de l’ANC … personnellement quel est mon plus grand accomplissement ? Avoir une femme et une vie que j’aime et deux garçons extraordinaires. Je suis conscient que c’est déjà beaucoup et j’ai également conscience de ne pas avoir le talent de certains ou les ambitions d’autres. Cela dit et fort heureusement j’ai aussi l’impression d’être encore incomplet, de ne pas avoir assouvi certaines de mes aspirations voire de ne pas totalement les connaitre.

Ce qui est passionnant à un tel âge, c’est l’impression d’être au beau milieu de sa vie (pourquoi pas au tiers de ma vie, mourir à 99ans, ça ne me déplairait pas) et d’avoir la possibilité de faire des choix importants qui impacteront sur la suite. Bien sûr, certains chemins, professionnels notamment, sont déjà fermés : je ne serai ni explorateur comme je le souhaitais à 6 ans, ni cosmonaute comme je me l’imaginais à 8 ans, je ne serai pas non plus juge ou psychiatre comme j’ai pu le concevoir un peu plus tard. Mais, après tout, je suis surtout heureux d’avoir choisi une voie qui me correspond, un parcours qui me laisse encore suffisamment de souplesse pour imaginer différentes options pour le futur. Je crois d’ailleurs qu’il est important à la fois d’accepter une part de destin dans sa vie mais aussi de se rappeler que rien n’est jamais inéluctable.

On traverse des périodes dans sa vie qui, si elles ne peuvent être clairement délimitées, ont tout de même des caractéristiques communes à la plupart des individus :

La première période au sens large est la jeunesse. On souhaite toujours se porter vers le futur même si on y vit dans l’instant. C’est l’époque des grands rêves qui n’ont pas de limites. Bien sûr cette période a 2 phases bien distinctes : l’enfance et l’adolescence. Sans entrer dans le détail de ma vie privée, je crois avoir adoré mon enfance et m’être senti beaucoup moins heureux, en tout cas mal dans ma peau durant mon adolescence. Je crois que j’idéalise surement les dix premières années de ma vie mais après tout, c’est ce que me renvoie ma mémoire et c’est bien cela le plus important. L’adolescence quant à elle fut surement assez banale. Pas très à l’aise dans mon corps et donc avec les filles (sujet obsessionnel de cette période comme on le voit avec beaucoup d’acuité et de tendresse dans Les beaux Gosses), pas de rébellion avec mes parents mais l’acception difficile de leurs imperfections, mis en exergue par leur séparation. Bref la fin de l’insouciance et l’apprentissage de la complexité de la vie, chose difficile pour un garçon épris de justice et de bonté. Quant à la fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte, entre 18 et 25 ans, c’est une période de choix importants mais où le corps est à son apogée et où l’insouciance est encore bien présente. J’ai l’impression de l’avoir vécue intensément avec des pics d’émotions, révélateurs de la fragilité intérieure et de l’énergie bouillonnante de ces années là. Certains seront surpris de lire ces lignes car j’ai plutôt l’image de quelqu’un de mesuré et contrôlé mais on n’exprime pas toujours ce que l’on est ou du moins ce que l’on ressent.

Vient donc ensuite cette période, entre deux, où l’on n’est pas vieux mais plus tout à fait jeune, où l’on apprend les responsabilités mais où l’indépendance nous autorise les choix. C’est une période passionnante où l’on vit encore dans l’instant présent mais où l’on ne se tourne plus seulement vers le futur mais aussi vers le passé. C’est un peu comme pour un marathon. Lorsqu’on est au milieu de la course, on est un peu dans un no man’s land où l’on ne sait pas trop bien s’il faut regarder derrière sur ce que l’on a déjà réussi à accomplir où s’il faut se concentrer sur comment affronter les obstacles à venir. En même temps, il arrive souvent dans une longue course un moment de sérénité où l’on ne ressent plus l’effort, la douleur et où l’on a l’impression que le corps pourrait continuer de courir automatiquement sans fin. Je pense que cette période de ma vie est un peu à la lisière de ces sensations. Le livre de Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, apporte à ce titre des analogies très intéressantes et je ne saurais que trop le recommander à ceux qui, comme moi, aiment à la fois courir et se poser des questions existentielles. Mais je constate également toute l’importance que revêt mon passé, voire le passé de mes aïeuls aujourd’hui. Plus j’avance et plus je ressens ce besoin de ne pas oublier et d’essayer de me remémorer. Il y a une part de mélancolie joyeuse dans ce sentiment, il y a surement le besoin de lutter contre la vacuité de l’existence et l’envie de transmettre décuplée par le fait d’avoir des enfants.

Aujourd’hui si j’allais chez le Docteur pour dire 33, je suis persuadé qu’il y verrait une personne profondément épanouie mais encore pleine d’interrogations sur ce qu’elle a à apporter, sur ce qu’elle a déjà vécu et sur ce qui lui reste à recevoir et à donner.





Le lièvre de patagonie …ou l’apologie du courage

15 07 2010

Livre passionnant pour trajectoire exceptionnelle, Le lièvre de Patagonie est à déconseiller à tous ceux qui auraient le sentiment de ne rien faire de leur vie. Cela risque en effet de les enfoncer encore plus dans leur désarroi.
Ce destin que nous raconte Claude Lanzmann tout au long de ces 600 pages qui se dévorent littéralement laisse en effet peu de place au hasard. Le réalisateur de Shoah mais aussi celui qui fut le compagnon de Simone de Beauvoir et le compagnon de route et de combat de Jean-Paul Sartre n’a jamais bifurqué de sa ligne conductrice : le devoir d’agir, de montrer la vérité, d’affirmer ses convictions au mépris de tous les obstacles et de toutes les critiques qu’il a pu rencontrer : De sa résistance pendant la guerre à ses prises de position et ses actions pour une Algérie indépendante, pour un Etat d’Israël ou pour tant d’autres causes, sans oublier bien sûr l’œuvre de sa vie : son travail acharné et fou pour accoucher de ce documentaire indispensable, Shoah, ce personnage hors du commun ne s’est jamais reposé.

Un homme avec de telles convictions, aussi entier ne pouvait être dans la mesure et l’on sent bien l’humilité absente de son vocabulaire. Anecdote révélatrice de son caractère : Venu à Singapour dans le cadre d’une des premières diffusions publiques de Shoah dans ce pays, il consacra deux conférences aux Lycéens Français de Singapour qui avaient préparé sa venue en regardant le documentaire et en étudiant l’Holocauste pendant plusieurs semaines en cours. Il fut, des dires des personnes présentes, odieux avec les enfants, d’une exigence sur leur savoir totalement déplacée vis-à-vis de l’audience, laissant un goût amer aux organisateurs du débat. Il traita d’imbécile un adolescent ayant fait la confusion entre camp de concentration et d’extermination, de perverse une lycéenne voyant le mal dans une question totalement innocente. Cet homme brillant dont l’œuvre restera indispensable à la mémoire de l’humanité n’est surement pas un homme sympathique et probablement peu disposé à l’empathie mais est-ce ce qu’on pouvait attendre d’un homme ayant entendu et retranscrit le pire et l’exceptionnel. Cet homme a du se façonner une telle armure pour accoucher de la vérité qu’il a du y perdre ce qu’il avait de sensibilité et de compassion.
Mais ce qui m’a bouleversé dans ces mémoires, c’est son courage et sa volonté d’action. Le courage est une notion qui me travaille depuis des années. Je me souviens encore des sujets que nous avions étudiés au collège à l’occasion du quarantenaire du 18 juin. Et déjà j’étais perplexe à l’idée de savoir quel adolescent ou quel homme j’aurais été pendant la guerre. Fasciné par le courage des résistants et dégoûté par la couardise des collaborateurs, je m’imaginais pris au milieu de ce tourbillon et me voyais plutôt comme une grande majorité des français à cette époque, dans un no man’s land entre deux eaux, pensant d’abord à survivre et à mes proches et essayant d’éviter de me mêler des autres positivement ou négativement. Ce n’aurait pas été glorieux mais malheureusement très banal ! Certains diront que ce sont les opportunités qui font les destins mais je n’y crois qu’à moitié. Bien-sûr une rencontre ou une situation fortuites peuvent servir d’éléments déclencheurs mais je crois vraiment que le caractère joue un rôle primordial dans l’action ou l’inaction. Reste également le caractère exceptionnel de la situation, capable de transformer certains en héros ou en lâches mais, là encore, je crois que la guerre n’a fait qu’exacerber les caractères de chaque individu. Or, à lire Claude Lanzmann, peu furent courageux. Extrêmement exigeant envers sa personne, il l’était aussi des autres. Pris dans la guerre, tout juste à la sortie de l’adolescence, il fut des résistants communistes et des maquis. Deux scènes m’ont frappé à la lecture des passages sur sa vie durant l’occupation :
– le mépris qu’il éprouve vis-à-vis d’un vieux juif, censé le protéger, et qui n’eut pas le courage de tirer face à un milicien. Lanzmann aurait été tué ou envoyé dans les camps sans l’arrivée de son père au même moment. Il se dit incapable de pardonner à cet homme, encore aujourd’hui, car il sait que s’il avait possédé l’arme de son « chaperon », il n’aurait pas hésité …
– l’auto-critique très sévère et le remord de ne pas être allé secouru un de ses meilleurs amis déjà blessé et pris sous la mitraille adverse, opération suicide que deux compagnons tentèrent.

Ce livre pousse donc à l’introspection. Bien sûr le courage est plus ou moins inscrit dans les gènes mais je crois que l’acquis tient un rôle primordial également et je dissocierai courage d’opinion du courage physique. Le premier, je crois l’avoir acquis en bonne partie grâce à mon éducation. L’encouragement au débat, les conversations familiales sur des sujets variés, l’incitation à défendre son point de vue avec argumentation, toutes ces clefs m’ont aidé à ne pas avoir un instinct grégaire même si la tentation est souvent grande. En revanche, en ce qui concerne le courage physique, je crois pouvoir affirmer que dans une situation difficile, je ne serai pas un grand téméraire … la faute à nouveau à mon environnement probablement très (trop ?) protégé. Je n’ai quasi jamais eu à me battre ! Cela me rappelle cet épisode traumatisant où , à 16 ans, dans mon quartier bien tranquille du 16ème arrondissement j’ai assisté à une scène irréelle : 2 skinheads frappant à coup de battes 2 noirs en toute impunité à la vue des passants. J’étais avec un groupe d’amis et, tétanisé, je n’ai rien fait avant que 2 potes traversent décidés la rue pour aller dire aux skinheads d’un ton faussement complice que la police arrivait. Les skinheads sont partis, les 2 noirs ne sachant pas sur quel pied danser, n’ont pas remercié mes amis qui les ont probablement sauvé du pire, et moi, me direz-vous ? Et bien c’était il y a presque 20 ans et je regrette encore de ne pas avoir su réagir. Monsieur Lanzmann, à lire votre passionnant ouvrage, je suis sûr que vous n’auriez excusé ni même admis ma lâcheté mais elle est malheureusement très humaine …








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