27 09 2016

Comme tous les enfants, j’ai hérité de nombreux défauts de mes parents …Si je leur dois mon goût pour le cinéma, l’un d’entre eux m’a également transmis la manie de faire des listes. Les deux conjugués, j’ai noté depuis l’âge de 14 ans tous les films que j’ai vus à la télévision ou au cinéma, […]

via Cinéma – Mon Top 100 des années 2000 — IDO Dric





Cinéma – Mon Top 100 des années 2000

26 09 2016

Comme tous les enfants, j’ai hérité de nombreux défauts de mes parents …Si je leur dois mon goût pour le cinéma, l’un d’entre eux m’a également transmis la manie de faire des listes. Les deux conjugués, j’ai noté depuis l’âge de 14 ans tous les films que j’ai vus à la télévision ou au cinéma, d’abord sur un cahier Clairefontaine aux crayons de couleurs puis, magie de la modernité, sur un tableur Excel.

Pas de critique des films vus, uniquement les infos de base sur le long métrage – réalisateur, acteurs, nationalité, genre, année de sortie – et une note … sur 200 !

En réalité je me suis vite rendu compte que je notais de manière très bienveillante, probablement pour deux raisons : contrairement à un critique de cinéma, je ne vois que les films que j’ai envie de voir ; puis une propension constante et heureuse à voir le verre à moitié plein.

Résultat des courses, je peux classer par réalisateur préféré, genre, par année … et avec un biais important : la note attribuée au film lors de sa première vision est sa note définitive. 

Après ce préambule nécessaire, voici donc mon top 100 des films sortis dans les années 2000-2009, parmi 500 films vus sur probablement environ 5000 films sortis en France dans la période. Je suis sûr que certains de mes choix vont vous surprendre donc n’hésitez à me fournir votre top 10 sur la même période. 

On y va !

100 Frozen River
99 Departures
98 The Yards
97 Max et les Maximonstres
96 My Magic
95 Les sept jours
94 Gomorra
93 Black book
92 L’Enfant
91 Les Triplettes de Belleville

90 Les neuf reines
89 Le goût des autres
88 Funny Games US
87 4 mois, trois semaines et 2 jours
86 Locataires
85 Vol 93
84 Million dollar baby
83 Le petit lieutenant
82 Parle avec elle
81 In the mood for love

80 American Splendor
79 Amours Chiennes
78 Avatar
77 Broken Flowers
76 Cette femme-là
75 Collision
74 Dans ses yeux
73 Le dernier roi d’Ecosse
72 Le fabuleux destin d’Amélie Poulain
71 Good bye Lenin !

70 La Graine et le Mulet
69 La jeune fille à la perle
68 Kaïro
67 Le labyrinthe de Pan
66 Magnolia
65 La mauvaise éducation
64 Minority Report
63 Le parfum
62 Persepolis
61 Rois et reine

60 Le Seigneur des Anneaux : le retour du Roi
59 Les témoins
58 The Pledge
57 Traffic
56 Bowling for Columbine
55 Depuis qu’Otar est parti
54 Etre et avoir
53 Mishka
52 Nos meilleures années
51 Spider

50 The Barber, l’homme qui n’était pas là
49 La vie des autres
48 A l’origine
47 American Beauty
46 Eternel sunshine of a spotless mind
45 Là-haut
44 Loin d’elle
43 Mary & Max
42 Le scaphandre et le papillon
41 Sous le sable

40 The soul of a man
39 Tournage dans un jardin anglais
38 Un conte de Noël
37 Valse avec Bachir
36 Wall-E
35 Le Bon, La Brute et le Cinglé
34 Dogville
33 Little Miss Sunshine
32 Lost in Translation
31 Le Monde de Nemo

30 Mystic river
29 La Chambre du fils
28 Elephant
27 Inglourious Basterds
26 La nuit nous appartient
25 Old boy
24 Le secret de Brokeback Mountain
23 Sin City
22 Surveillance
21 L’avocat de la terreur

20 Gran Torino
19 Les infiltrés
18 Into the wild
17 Kill Bill vol.1
16 Le pianiste
15 Volver
14 Le voyage de Chihiro
13 Dancer in the dark
12 Entre les murs
11 Exilé

 

10 Hunger de Steve McQueen

Un monument de tension habité par un acteur bouleversant, Michael Fassbender. Un film coup de poing sur l’IRA et plus généralement sur l’absolutisme de l’activisme politique face à l’autorité d’un gouvernement qui ne peut se désavouer. 

A ne pas voir si vous avez été en prison ou souhaitez y aller / A voir si réflexion et action peuvent rimer chez vous.


9 Mulholland drive de David Lynch

 Ah c’est un film hors compétition tant l’univers de Lynch est unique, on navigue des semaines et des mois sur la Mulholland Drive après avoir vu le film, pas sur de vivre un rêve ou la réalité. 

A ne pas voir si vous avez peur des vieillards qui rient trop fort / A voir si vous aimez rêver éveillé 

8 Punch Drunk Love de Paul Thomas Anderson

Petit OVNI confirmant le talent d’un très grand cinéaste. L’amour comme on souhaiterait le voir raconté plus souvent, plein de poésie et d’humour décalé. 

A ne pas voir si vous êtes amateur de Chuck Norris et Indépendance Day / A voir si pour vous l’amour au cinéma ne se résume pas à  Kevin Costner et Whitney Houston dans Bodyguard

7 De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard

Film qui a permis au fils de se faire un prénom et d’acquérir ses lettres de noblesse dans le genre du film noir. Un mélange surprenant de machisme froid et de sensibilité à fleur de peau filmé par une caméra âpre mais amoureuse, du grand cinéma ! 

A ne pas voir si Romain Duris vous énerve et si vous n’aimez pas le piano / A voir pour la naissance d’un grand cinéaste (voir ou revoir ensuite Sur mes lèvres avec la magnifique Emmanuelle Devos)



6 No man’s land de Danis Tanovic

Parce que j’ai toujours eu un faible pour les récits non manichéens démontrant l’absurdité de la guerre pour les protagonistes bien souvent là malgré eux. 

A ne pas voir si les sujets sérieux au cinéma vous ennuient / A voir pour comprendre l’absurdité de toutes les guerres même si elles sont parfois nécessaires 



5 Un prophète de Jacques Audiard

Chef d’œuvre, c’est avec ce film qu’Audiard aurait dû repartir auréolé d’une palme d’or. La confirmation d’un comédien monstre, Niels Arestrup. La révélation de 2 comédiens : Tahar Rahim et Reda Kateb. 

A ne pas voir si les mondes d’hommes violents sont trop douloureux pour vos doux yeux même au cinéma / A voir si vous aimez le cinéma et les grandes performances d’acteurs

4 Kill Bill vol.2 de Quentin Tarantino

Quand la suite surpasse un premier chapitre déjà jubilatoire. Que du bonheur de cinéphile : une orgie de scènes cultes, une BO incroyable, une direction d’acteurs et un sens des dialogues qui font aujourd’hui de Tarantino ce cinéaste unique malgré la quasi vacuité de tous ses scenarii. 

A ne pas voir si l’hémoglobine vous indispose / A voir si vous avez un fond sadique comme moi, comme tout le monde non ?

3 La vie est un miracle d’Emir Kusturica

Tout est dans le titre. Se laisser entraîner dans ce délire idéaliste plus déchaîné qu’un roller coaster permet le temps d’un film d’oublier les atrocités de la guerre. La théorie du verre à moitié plein dans toute sa splendeur.

A ne pas voir si vous pensez que la vie est banale / A voir si vous pensez que la vie est un miracle

2 No country for old men des frères Joel et Ethan Coen

Attention chef d’œuvre STOP A voir absolument sur grand écran STOP Avec méchant très méchant (Javier Bardem au sommet !) STOP Paysages démesurément grands STOP Les frères Coen ont le cinéma dans le sang, s’ils n’existaient pas, le monde serait toujours aussi absurde mais le cinéma ne nous l’aurait pas aussi bien montré (Barton Fink, Fargo, Sang pour Sang, A serious man, ce dernier dans le top ten de la prochaine décennie ….)

A ne pas voir si vous n’aimez pas la coupe au bol / A voir si vous avez un fond sadique … ah mais je l’ai déjà dit ça il faudrait peut-être que je consulte 



1 There will be blood de Paul Thomas Anderson

Parce que 10 ans après et sans l’avoir jamais revu, les images de Daniel Day Lewis et Paul Dano sur ces champs de pétrole restent ancrés dans ma mémoire. Parce qu’on n’a rarement mieux résumé les dérives de deux des aspirations de notre époque : le capitalisme et la religion. Le capitalisme dans sa course toujours plus effrénée vers l’argent. La religion dans ce qu’elle a de plus méprisable, le pouvoir sur les simples d’esprit. Un duel entre 2 pouvoirs malsains incarnés par des acteurs magistraux et avec une mise en scène ( lumière, sons, musique stridente) incroyable

A VOIR





Glasnost

4 09 2016

A la lecture de Limonov d’Emmanuel Carrère, je suis tombé sur un passage qui m’a interpellé. Ce vrai personnage russe de roman quitte sa mère patrie pour l’Occident à la fin des années soixante-dix, avec une vision beaucoup plus contrastée du communisme que ces plus fameux détracteurs comme Soljenitsyne. Ce qui l’amènera ensuite à ne pas partager l’euphorie générale qui suivra la pérestroïka de Gorbatchev. Si l’écrivain dissident est retourné en Russie avec des velléités politiques  et la création d’un Parti National Bolchévique  fort peu recommandable à nos yeux d’occidentaux démocrates, son regard sur la Glasnost est intéressant. Pour lui, Gorbatchev a ouvert une boîte de Pandore qu’il n’a pas pu refermer.

Mais je ne suis pas là pour refaire l’histoire de la Russie ou paraphraser un excellent écrivain, ce qui m’a frappé c’est l’interprétation des conséquences de la transparence, vus par Limonov : chute de crédibilité et perte de contrôle du gouvernement qui aboutiront à l’effondrement du communisme.

La transparence, un risque pour les gouvernants, un bien pour les populations ?

Le risque avec ce sujet est la frontière ténue entre l’exigence justifiée d’honnêteté de la part de nos politiciens et le besoin de mettre tous les sujets sur la place publique. Oui bien-sûr, chaque élu doit être irréprochable du point de vue fiscal ou légal mais pourquoi rendre public les déclarations de revenus de nos ministres ? Est-ce que cela aidera la justice à mieux fonctionner, poussera les politiciens malhonnêtes à mieux se comporter ? J’en doute. Qu’il y ait un organisme indépendant en charge de contrôler leurs impôts mais aussi leur utilisation des budgets qui leur sont alloués me semble suffisant et c’est pour l’indépendance absolue de cet organisme que toutes les forces devraient être mises en commun. 

Edwy Plenel plutôt que Julian Assange

On parle aujourd’hui beaucoup des lanceurs d’alerte comme des justiciers des temps modernes. Je suis très sceptique sur le sujet. Autant je crois fermement dans le journalisme d’investigation permettant de faire sortir des cas comme celui de Cahuzac en France ou du Watergate aux Etats-Unis, autant les dégâts collatéraux causés par certaines leaks / fuites me laissent songeur. La révélation des mails de la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, en pleine campagne pour la présidence, sert-elle la démocratie, les intérêts de ses concurrents ou sa propre campagne ? Les exemples sont nombreux de situations où les fuites / révélations semblent avoir créé plus de dégâts que de bienfaits.

Des contre-exemples existent et mettre en exergue les méfaits de la transparence totale ne veut pas dire souhaiter un État totalitaire sans liberté d’opinion !

Je voudrais prendre un exemple et en profiter pour rendre un hommage appuyé à un des plus grands hommes politiques français de gauche du 20ème siècle, Michel Rocard. Celui-ci expliquait à merveille que pour réformer, il fallait négocier, trouver les compromis et cela, dans la plus grande discrétion pour éviter de brusquer les acteurs concernés par la réforme. Tous les grands traités internationaux se sont conclus à la sueur de négociations et de compromis pas toujours avouables. Que se serait-il passé par exemple si les tractations entre le gouvernement et les autonomistes canaques avaient été dévoilés par un Julian Assange en mal de justice et de notoriété ? On ne peut refaire l’histoire mais elles auraient probablement braqué les différents protagonistes et fait échouer ce qui est reconnu aujourd’hui par tous comme une sortie de crise inespérée.

Et puis que faire de la vérité ? Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, pas à tout le monde et encore moins dans toutes les occasions. Nous nous sommes tous retrouvés un jour devant un « devoir de mensonge » salvateur, c’est à la même question que se trouvent suspendus nos politiciens régulièrement. A eux de faire les bons choix, à nos sociétés d’avoir les bons signaux d’alarme. La séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et des médias, sont des piliers de la démocratie. La presse d’investigation et les lanceurs d’alerte sont des contre-pouvoirs essentiels de nos démocraties modernes. Mais la question pour ces acteurs de la transparence devrait toujours être le bien du plus grand nombre plutôt que de la vérité à tout prix, qu’elle qu’en soit ses conséquences.

Mais laissons un des plus grands philosophes du siècle dernier conclure … Il nous manque beaucoup en ce moment celui-là …. Alors plus blanc que blanc c’est transparent  ?





Lettre aux Chanceux

23 08 2016

Cette lettre s’adresse à tous les chanceux comme moi, à tous ces gens qui sont nés avec des parents bienveillants, avec un environnement rassurant, quels que soient leur milieu social, leurs origines, leur inclinaison sexuelle, leur coupe de cheveux,

À tous ces gens qui sont allés à l’école, qui ont appris le vivre ensemble, la liberté dans le respect des autres, la curiosité, l’exigence,

À tous ceux là j’aimerais dire aujourd’hui que la situation en France m’inquiète plus à chaque fois que j’y retourne et ce, bien que je vive dans un petit microcosme de bobos surprotégé n’ayant jamais eu à subir la violence sociale, la pauvreté ou la précarité,

À tous mes amis, mes proches, mes connaissances, ceux avec qui j’aime débattre, ceux avec qui j’aime moins débattre, 

À tous ceux qui tomberont sur ce blog par hasard, je voudrais dire ces choses très simples. Je sais par avance qu’elles paraîtront « moralisatrices », « bien pensantes », « naïves » à beaucoup. Je m’en fous. Libre à chacun de faire le tri, de contredire, de débattre mais surtout pas de ne rien faire et d’uniquement se lamenter,

Parmi les privilégiés, je suis un mega privilégié, expatrié, avec des enfants vivant dans un cocon surprotégé … mais j’estime que cela m’oblige à parler plus qu’à me taire. Alors voilà pour les évidences :

– Ne confondez pas intransigeance avec suppression des libertés individuelles : En quoi faire un arrêté sur certaines plages de France contre les burkinis résoudra la radicalisation de l’Islam en France ? En revanche, accepter des horaires spéciaux dans les piscines publiques en raison de la confession d’un groupe d’individus n’est pas acceptable. A ces religieux de trouver des piscines privées qui acceptent ces conditions s’ils le souhaitent. Bref, abordons chaque situation avec pragmatisme, pas de manière binaire, au cas par cas.

– Ne laissez pas vos émotions dicter vos actions, les émotions sont indissociables de la raison pour prendre les bonnes décisions : à ce titre, l’acte symbolique de déchéance de nationalité promis après le 13 novembre 2015 par le Gouvernement, est à mon sens une des plus grandes erreurs du mandat du président actuel. Elle est pour ainsi dire inapplicable et n’a eu pour valeur symbolique que de montrer du doigt les binationaux 

– La laïcité sans respect des croyances ou incroyances de chacun n’est qu’une bombe à retardement : non à la burka dans les lieux publics qui va à l’encontre de toutes nos règles de vivre ensemble; comme la nudité est interdite sur la voie publique; oui en revanche au respect des signes religieux de chacun tant qu’ils ne portent pas atteinte aux autres

– Nous ne sommes pas en guerre aujourd’hui : L’extrémisme religieux doit être combattu avec les armes de la république et de la démocratie, ce qui n’exclut en rien l’usage des armes lorsqu’il le faut, mais il faut contrer ces fous de Dieu avec nos armes, par notre arsenal légal et judiciaire

– L’islam peut bien sûr se fondre dans la république, il l’a prouvé pendant des années ! Mais il faut fixer un cadre moins flou pour aider les imams et les musulmans de France à combattre de l’intérieur et à la racine les radicaux 

– L’Etat policier n’est pas une solution : citez-moi un pays musulman où un pays a réussi à combattre avec succès sur le long terme le radicalisme de cette manière. Si vos modèles sont l’Egypte ou la Turquie actuelle d’Erdogan, ce n’est pas ce que je souhaite personnellement pour la France. Nous avons les moyens d’une troisième voie en France, ce qui n’est probablement malheureusement pas le cas dans certains pays du Moyen Orient. 

– Avant de demander aux Musulmans  de France et du Monde de balayer devant leurs portes, réfléchissez à quelles actions vous avez menées ces derniers temps pour combattre le fléau du salafisme ou du wahhabisme, voire des orthodoxies judéo-chrétiennes ou des extrémismes en tout genre 

– Arrêtons de râler ! Et pourquoi pas un petit sourire à votre voisin de métro chaque matin plutôt qu’un klaxon au premier qui vous fera une queue de poisson ? Vous serez le premier plus zen, croyez-en un Tokyoïte parisien dans l’âme !

– Rappelez-vous que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. La France est sidérante de beauté, de diversité, de richesse culturelle, historique, patrimoniale. On s’en rend compte encore plus quand on la voit de loin !

– Passez 30 minutes de moins par jour sur les réseaux sociaux et 30 minutes de plus à lire un vrai livre, un article de plus de 20 lignes ou écouter une émission de fond. L’immédiateté des médias nous tue et supprime la réflexion au profit de l’émotion.

– Les élections présidentielles ont lieu dans 10 mois. Les politiciens ne sont pas plus responsables que vous ou moi de la situation du pays. À la fin de la journée, ce sont des hommes et femmes avec leurs faiblesses, leur ambition, leurs doutes, leur conviction. C’est avec eux, pas contre eux, chacun comme il peut, qu’on pourra améliorer la situation économique, limiter la précarité, faire baisser les préjugés etc. Pas en les traitant de tous pourris ou de tous pareils …

Je m’adresse ici à tous ceux qui ont ou veulent prendre le temps de réfléchir. Je ne vous demande pas d’être d’accord avec moi, j’adore le débat. Mais essayons de stopper la dérive du discours exclusivement sécuritaire au nom d’un soi disant laxisme qui aurait trop duré. Prenons là situation actuelle sans faire l’aggiornamento des gouvernements précédents.  Nous avons aujourd’hui une excellente police et une excellente justice en France. Nous avons autant besoin des deux . Essayons de les améliorer ensemble, pas de sans cesse les confronter,

Ceci est un cri du cœur d’un amoureux de la France et des Français … tout sauf un coup de gueule !





Affaire Cahuzac : Un mal pour un bien ?

5 04 2013

Et voila qu’une nouvelle affaire arrose la vie politique. Le gouvernement en lequel je crois et qui a façonné une partie de sa campagne sur l’exemplarité des politiciens se retrouve plongé dans une affaire sordide, véritable coup de poignard alors que sa popularité était déjà au plus bas. Quel constat ? Et surtout quels enseignements et réflexions peut-on en tirer ?

En quelques mots seulement, un rapide historique des faits : par le biais de tiers puis d’une société tierce, Jérôme Cahuzac a détenu jusqu’en 2009 un compte chez UBS en Suisse qui lui a permis de détourner de l’argent qu’il aurait du déclarer au fisc français. Il a ensuite fermé ce compte et transféré l’argent vers un autre paradis fiscal, Singapour. Des 600.000 euros qu’il prétend avoir détourné du fisc français, nous ne savons pas à l’heure qu’il est s’ils sont issus de ses revenus en tant que chirurgien, en tant que conseiller pour des laboratoires pharmaceutiques ou issus d’autres opérations financières, l’affaire le dira probablement. Il semblerait qu’il y ait en outre un versant politique supplémentaire à l’affaire puisque Le Monde déclarait dans son édition du 3 avril 2013 qu’un proche de Marine Le Pen avait initialement ouvert le compte de Jérôme Cahuzac en Suisse. Blanchiment de Fraude fiscale avéré, mensonge face à toute l’Assemblée Nationale, au gouvernement, à la charte qu’il a signé en tant que ministre, collusion possible entre ses fonctions de conseiller pour laboratoires et ses fonctions sous le cabinet ministériel de Claude Evin, accointances avec le FN .. cela fait beaucoup pour un seul homme qui plus est celui en charge du Budget de la France ! Même le meilleur scénariste de série américaine n’aurait pas osé en écrire autant … pas crédible lui auraient rétorqué les producteurs. Rien ne sert donc de tirer desormais sur l’ambulance au seul moment où, il est vrai poussé dans ses retranchements, l’homme a décidé d’avouer ses torts.
La justice fera je l’espère son travail de manière exemplaire … les politiciens en tireront bien-sur les enseignements nécessaires … et les médias éviteront tous les raccourcis et les jugements à l’emporte pièce … Non, si cet affreux scandale politique doit avoir au moins une utilité politique, il est bien sur le fonctionnement de nos institutions, de l’in(ter)dépendance des trois grands pouvoirs judiciaire, exécutif et législatif auquel on ne peut desormais soustraire les deux pouvoirs médiatique et du monde des affaires. Alors, à défaut d’une analyse construite, quelques pistes de réflexion :

CorruptionPascalElie

Dessin Pascal Elie

Sur le Parti Socialiste, les politiciens, le gouvernement et l’image qu’ils véhiculent

1) Pour le Parti Socialiste et le gouvernement, c’est indéniablement un énorme coup de massue. Le pays est en crise economique, le niveau de chômage très élevé, on demande à toutes les catégories de la population de faire des efforts importants et on en demande plus, à juste titre, aux catégories les plus aisées. On imagine aisément les différents raisonnements : les cyniques/tricheurs : « le ministre du Budget nous a entubés, pourquoi pas nous aussi« , les désespérés de la politique/partisans du tous pourris : «  Comment croire à qui que ce soit quand au plus haut niveau de l’Etat on nous ment éhontément« , et même les Don Quichotte idéalistes :  » Merci Monsieur Cahuzac, Monsieur Strauss Kahn, Monsieur Guerini, Monsieur Chirac, Monsieur Tiberi, Monsieur Woerth et consorts, je crois encore en la politique mais comment voulez-vous que je convainque mon entourage après toutes ces affaires. »

2) A court terme, c’est malheureusement une bille de plus pour le Front National de Marine Le Pen et lorsqu’on entend certains espérer qu’une affaire touche rapidement l’entourage de celle-ci, on se désole de constater comme les gens raisonnent à l’envers. Les réactions de bon nombre de cadres de  l’UMP sont à ce titre assez pitoyables. Les mêmes qui se scandalisent (à tort) que la justice puisse enquêter sur l’ex-candidat Sarkozy et ses relations avec Mme Bettencourt se substituent une seconde fois à la justice (à nouveau à tort) pour déclarer que le président Hollande, son premier ministre Ayrault et le ministre de l’économie Moscovici, savaient ou étaient des incompétents. Certains diront cyniquement qu’ils font leur travail d’opposants (et certains au PS auraient probablement fait de même malheureusement), je n’en fais pas partie et je crois que les politiciens devraient passer plus de temps a trouver des solutions systémiques qu’à se taper dessus.

3) A ceux qui disent que François Hollande aurait du savoir, on a aussi le droit de s’interroger sur les sources qui ont dévoilé l’enregistrement. Si Mediapart a fait son travail et se doit de protéger ses sources, qu’en est-il des personnes qui ont eu cet enregistrement entre leurs mains, bien avant les élections en 2012 ? Jérôme Cahuzac a commis une double faute grave et impardonnable, la fraude et le déni, on l’a déjà dit. Mais pourquoi cette affaire n’a-t-elle pas été apportée avant à la justice, l’enregistrement sonore datant de plus de 12 ans ? Et si oui, qu’en a-t-elle fait ?  Ce sont des questions que la justice devra absolument élucider durant le procès car elles touchent à la probité d’autres personnes, Michel Gonelle et Jean-Louis Bruguiere les premiers.

4) Sur la corruption des politiciens : j’exècre le discours du tous pourris. Bien-sur, il n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui. Et bien malin qui pourrait dire la proportion d’hommes et femmes politiques honnêtes. Pour ma part, je reste persuadé que  la volonté de changer les choses, de servir l’État et d’aider ses concitoyens selon ses convictions font partie des moteurs essentiels de la carrière d’un politicien. Si des motivations moins altruistes comme l’ambition et le pouvoir sont bien évidemment présentes (et utiles), elles ne sont pas antinomiques avec l’honnêteté. De nombreux libéraux affirment que la corruption est constitutive d’un trop grand poids de l’État. En d’autres mots, plus il y a de règles, plus on souhaite y échapper. Je crois personnellement que c’est un raisonnement vicié et qu’un cadre, s’il est suffisamment équilibré pour être compris de tous, apporte plus de justice.  Et je ne crois pas non plus, du moins pas totalement à l’assertion de Frank Herbert : « Tous les gouvernements sont affligés d’un grave problème chronique ; le pouvoir exerce une grande attraction sur les natures pathologiques. Ce n’est pas tant que le pouvoir corrompt, mais il fascine les sujets corruptibles. » Si c’est peut-etre vrai d’une minorité de politiciens, c’est , je crois, plutôt leur confrontation fréquente avec la corruption, que leur nature intrinsèque qui en font des hommes corrompus. Par ailleurs, La corruption touche les élus comme les autres professions mais les conséquences sont plus dévastatrices car elles ont un impact médiatique, symbolique et direct sur les concitoyens qui se sentent trompés (car ils sont en droit d’exiger cette exemplarité).

La corruption est une faiblesse humaine contre laquelle nous sommes tous amenés à lutter personnellement. Dès tout petit, depuis l’origine des temps si l’on se réfère aux mythes religieux, l’homme est tenté d’enfreindre les règles, les lois. C’est pour cela que des lois et une répression doit s’exercer de manière efficace. Prenons un exemple contemporain qui illustre cette problématique. La plupart des citoyens n’ont jamais volé dans un magasin ou peut-être par esprit de contradiction ou de rébellion pendant l’adolescence. En revanche, si vous sondez votre entourage sur le téléchargement illégal de musique ou de film, les chiffres vont être inversement proportionnels. Est-ce parce que l’offre est trop chère ou limitée, peut-être un peu … mais la principale raison est qu’il est très facile de télécharger illégalement et que l’internaute ne ressent aucun risque devant cette fraude. Portant il s’agit d’un vol tout aussi grave qu’un vol de bouteille dans un supermarché ou de bijou dans un magasin. Le politicien fraudeur est cet internaute qui a l’impression qu’il pourra passer aisément entre les mailles du filet.

Si de par son pouvoir, les tentations sont fréquentes, le risque de se faire prendre et la sévérité des peines ne sont pas assez dissuasifs. Sur ce dernier point, j’ai deux exemples en tête. 1) Le permis à points, je suis le premier à jongler avec ma vitesse sur l’autoroute selon les points qu’il me reste sur mon permis, c’est probablement stupide mais cela fait partie de la nature humaine. 2) Le dopage dans le sport. La prévention, la recherche, le suivi longitudinal sont bien-sur des moyens de lutte contre le dopage mais si la sévérité des peines augmente, la prise de risque des sportifs fraudeurs diminuera aussi proportionnellement.

Il s’agit donc d’édicter de nouvelles règles du jeu et non pas de moraliser vainement quelque population que ce soit. L’exécutif, avec le parlement et l’appui de la justice doivent travailler, hors effet d’annonce, sur deux pistes : une exigence de transparence (un équivalent du suivi longitudinal dans le sport qui quoi qu’en pensent les blasés a fait du bien au cyclisme français) et un éventail de sanctions plus dissuasives en fonction des fraudes. En ce sens, la déclaration de François Hollande du mercredi 3 avril va, je crois, dans le bon sens même si elle ne constitue qu’un seul petit pas. Sans être un expert en collectivités territoriales, et conscient que cela constitue un chantier complexe, il me parait aussi être du bon sens que d’en supprimer un échelon, probablement les départements : outre les économies que cela pourrait constituer, cela réduirait de fait les affaires qui touchent les collectivités locales. Enfin, le gouvernement doit s’atteler à mettre en œuvre une loi pour le non cumul des mandats et réfléchir à un meilleur cloisonnement entre secteur privé et public (que de politiciens, anciennement avocats, que d’ex-ministres, devenus conseillers dans leur domaine de prédilection. Il ne s’agit pas d’interdire mais de réfléchir à comment limiter les effets de collusion ).

Sur les médias et la politique

1) On a beaucoup glosé lors de ce feuilleton médiatico-politique  sur le rôle des journalismes et on a voulu opposer deux camps : celui du journalisme d’investigation incarné par Edwy Plenel et son site Mediapart, révélateur de l’affaire, et celui des médias défendant la présomption d’innocence incarné par Jean-Michel Apathie. Si deux tendances s’affrontaient, il est amusant de constater que tous ceux qui exigeaient de Mediapart de fournir des preuves plus concrètes, Le Monde par exemple, sont ceux-la même qui tirent desormais sur l’ambulance en sortant aujourd’hui une affaire sur les relations entre Jérôme Cahuzac et des membres de l’extrême droite. En effet, on ne pourra s’empêcher de sourire ou plutôt de rire jaune à l’empressement de cette presse à desormais accabler l’homme à terre. Sans sombrer dans la théorie nauséabonde du complot médiatico-politique, comment ne pas croire, soit que les journalistes ont été empêchés de révéler certaines informations, soit, à tout le moins, que le timing est particulièrement racoleur. Mais comme le dit très bien Bruno Roger-Petit sur son blog, il ne s’agit surtout pas, maintenant que l’affaire a été déflorée, de dresser Edwy Plenel comme un héraut du journalisme indépendant et Apathie comme un symbole de la collusion entre médias et politiciens. Bruno Roger-Petit a raison quand il dit : « D’une interrogation légitime au sujet des méthodes de Mediapart, on arrive à un débat falsifié : « Plenel ou Aphatie, choisissez votre camp ? », et c’est bien là le drame. Personnalisation du débat, hystérisation du dialogue, et la raison qui abandonne les uns et les autres, les seconds faisant dire aux premiers ce qu’ils n’ont pas dit, et réciproquement. Et pourtant ! On persiste ici à dire que les méthodes de Mediapart doivent être questionnées et interrogées. Trop souvent en effet, Edwy Plenel et son successeur désigné, Fabrice Arfi, donnent l’impression d’user plus de supputations débouchant sur une information que d’affirmations reposant sur une investigation. »

2) Une fois de plus, plutôt que de s’interroger calmement sur les méthodes de la presse, on préfère lancer un débat dénué de nuances. Personnellement, la voix idéale me parait difficile à trouver. Le journalisme d’investigation est nécessaire mais il se doit d’être très prudent quant à ses révélations quand on sait les conséquences sur la carrière d’un politicien  de rumeurs infondés ou tout simplement de faits non avérés. S’il est sain dans une démocratie qu’un journalisme d’investigation puisse exister, il se doit au même titre que les politiciens d’être au-dessus de tout soupçon et d’avoir la même exigence pour ses méthodes que vis-a-vis des fraudes qu’il dénonce.

3) Par ailleurs le journalisme ne peut se substituer à la justice et c’est une dérive d’Edwy Plenel. Il s’en défend bien sur mais se contredit lorsqu’il écrit, au nom de Mediapart, au Procureur de la République pour, de ses propres mots « expliquer pourquoi les informations que nous avons révélées devraient faire l’objet d’une enquête judiciaire indépendante, dans l’intérêt de la manifestation de la vérité« . Il signale même dans cette lettre qu’il a saisi également la Garde des Sceaux … quoi, Edwy Plenel sous-entend que l’exécutif pourrait s’immiscer dans la justice ? Il ne s’agit pas ici de critiquer l’enquête d’Edwy Plenel mais bien de son utilisation a posteriori. Edwy Plenel n’est plus dans son rôle lorsqu’il exige l’ouverture d’une enquête. La Justice le fera si elle l’estime nécessaire suite aux révélations.  Les Medias ne peuvent et ne doivent pas se substituer à la justice. La Justice, quant à elle, ne devrait pas utiliser les médias comme elle le fait régulièrement pour attaquer les politiciens. Car, a ce jeu du je te tiens tu me tiens par la barbichette, on comprend bien que chacun y perd de son indépendance, pourtant défendue à cor et à cri.

Sur notre démocratie

Il y a deux manières de voir cette affaire Cahuzac, quant à ce qu’elle dit sur notre démocratie.

La première, c’est le verre à moitié vide : une affaire de plus qui touche nos politiciens. La démocratie va mal et nos concitoyens ne font plus aucune confiance dans nos politiciens. Le verre à moitié plein : c’est constater que notre démocratie ne va pas si mal, qui est capable, en quelques mois, d’évacuer pour raison légitime, une des personnes appartenant aux plus hautes sphères de l’État. Si l’on retrace l’historique, un journal d’investigation a dévoilé une affaire grave, la justice s’en est emparée, la personne mise en examen a alors été immédiatement démise de ses fonctions puis elle a avoué. Reste à voir la peine qu’encourra Jérôme Cahuzac mais ce timing, si tant est que de nouvelles révélations ne touchent pas l’entourage du Président et des ministres, me parait plutôt « démocratique. »

Sur la fiscalité, les paradis fiscaux et la transparence bancaire

1) Il faut combattre plus efficacement les paradis fiscaux, un des fléaux de nos temps modernes. De même que l’harmonisation fiscale est une des conditions sine qua non pour la survie de l’Europe (on a beau jeu de critiquer l’Allemagne et l’UE sur la situation à Chypre mais la vraie problématique est que l’on ne peut pas accepter de tels écarts de politique fiscale au sein de l’UE, sauf à créer des zones franches qui bénéficient à des industries et non pas à des particuliers fortunes qui veulent payer moins d’impôts), une véritable lutte contre les paradis discaux doit être menée. Malgré les beaux discours depuis la crise financière de 2008, trop peu d’actions ont été menées par le G20. Mais avec les lobbys énormes des banques, des grosses sociétés et des fortunes qui sont impliquées, on comprend aisément que la majeure partie des pays du G20 ont peur de se tirer une balle dans le pied.  C’est au prix de courage politique mais aussi de compromis que ce combat peut avoir une chance d’être gagné, pas avec des effets d’annonce.

2) Cette affaire montre également que les lois sur le secret bancaire doivent être encore améliorées même si elles ont été modifiées ces dernières années. Lorsque l’on sait les sommes détournées tous les ans des impôts, en France ou ailleurs, que les États puissent avoir les moyens d’enquêter sur les sources et les détenteurs des comptes bancaires ouverts à l’étranger avec une meilleure transparence des organismes financiers parait indispensable aujourd’hui, bien évidemment dans un cadre strictement défini pour préserver les libertés individuelles.

Soyons optimiste et voyons dans cette grave crise politique une occasion de remettre à plat une partie du système. François Hollande n’a jamais été aussi affaibli et, paradoxalement, personne ne pourra l’empêcher aujourd’hui de prendre des mesures fortes et justes pour obliger à l’exemplarité les politiciens et pour améliorer nos institutions. Espérons qu’il saisira cette unique opportunité. Dos au mur, s’il recule, ce n’est pas seulement lui mais un pan de la République exemplaire qu’il défend qu’il fera tomber.





On peut rire de tout mais pas dans toutes les circonstances

20 09 2012

Retraçons les faits simplement : un extrait (treize minutes tout de même) d’un long-métrage en fait inexistant, L’Innocence des musulmans, est mis en ligne sur internet, par des islamophobes qui, non contents d’être a l’origine d’une poudrière, se cachent derrière des noms d’emprunt et semblent avoir trompé certains protagonistes emportés bien malgré eux dans cette affaire. Il faut avoir vu quelques minutes du film pour comprendre la bêtise et l’amateurisme de ceux qui l’ont produit. Pour quiconque avec un peu de recul, le film insulte bien plus ses auteurs qu’une religion mais la n’est pas la question. Suite a la propagation de cette parodie de film sur les réseaux sociaux et sur certains médias arabes, la colère monte rapidement chez certains musulmans, probablement orchestrée par des mouvances radicales. Et les violences suivent, la mort de l’ambassadeur américain en Lybie n’ayant apparemment pas rassasié la colère des extrémistes, bien au contraire. Alors que le gouvernement américain tente tant bien que mal d’endiguer ces violences vis-à-vis de ses compatriotes dans le monde arabe en condamnant notamment la provocation stupide de ces images, Charlie Hebdo décide de publier ce mercredi 19 septembre de nouvelles caricatures de Mahomet au nom de l’actualité et de la sacro-sainte liberté d’expression.

Tout d’abord je différencie bien sur un journal comme Charlie Hebdo – dont l’impertinence a toujours été la marque de fabrique et qui a toujours revendiqué un ton libertaire et anarchiste – avec une production dont l’objectif est clairement l’attaque de l’Islam part des manœuvres dignes d’extrémistes. Mais j’en viens a la raison de ces quelques lignes : était-il nécessaire de publier ces caricatures dans ce timing ?
La rédaction de Charlie Hebdo aura probablement deux principales lignes de défense pour justifier la parution de ces caricatures : la sacro-sainte liberté d’expression qui ne doit être remise en cause selon aucun critère et la démonstration par la preuve :  » si nos écrits engendrent les violences ou le menaces de morts de certains musulmans, il est d’autant plus important de les oublier car cela prouve l’obscurantisme de ces extrémistes « .

Aux deux arguments, je répondrais qu’ils sont fallacieux car tout homme épris de liberté et d’ouverture d’esprit ne pourrait que les accepter. Mais il ne s’agit pas de les remettre en cause, plutôt d’axer le débat sur un autre terrain. Aux idéalistes et aux théoriciens, il faut répondre pragmatisme et réalité et poser la question un peu brutalement : Jusqu’où iraient vos idéaux de liberté ? Prêts à mourir pour les défendre, certes, encore que nombre des journalistes concernés ne voudraient pas aller jusque ces extrêmes et nous les comprenons ! Mais prêts à envenimer une situation et contribuer à la possibilité de représailles vis-à-vis de compatriotes à l’étranger ?

Par ailleurs, et pour mieux cerner la flambée des violences sans chercher à les excuser, il faut aussi comprendre que nombre des manifestants sont instrumentalisés d’une part par certains médias locaux, d’autre part par les organisations terroristes ou certains leaders extrémistes. Par les médias locaux, qu’ils soient à la solde de gouvernements anti-américains ou qu’ils fassent un mauvais travail caricatural (comme de nombreux journalistes occidentaux dans l’autre sens), assimilant les provocations d’un stupide producteur ou l’humour corrosif d’un journal à l’opinion publique des pays concernés. Et par les organisations fondamentalistes qui voient là un terreau parfait pour rassembler autour d’un ennemi commun. L’apparition publique au Liban du leader du Hezbollah en est l’illustration parfaite.

Encore une fois, il ne s’agit pas de mettre sur une même échelle les provocations des uns et les violences des autres. Sous aucun prétexte je ne remettrais non plus en cause la liberté d’expression : tout donc sauf infliger une peine ou une interdiction de paraitre au journal. Mais dans une logique de débat et d’ouverture d’esprit, j’aimerais juste poser la question de l’humain à ces grands pourfendeurs de la liberté individuelle : est-il vraiment opportun dans un tel contexte d’appuyer là où ça fait mal au mépris des conséquences ? Ne faut-il pas faire acte parfois de discernement et tenir compte du contexte ? C’est une question pas si évidente car, bien sur, le risque est de céder au chantage des extrêmes. Mais, sans faire ici un procès d’intention, il est permis de s’interroger sur la pertinence d’une telle publication. N’a-t-on pas ainsi aidé a déclencher des propos extrêmes (a lire certains commentaires sur les articles de journaux modérés) visant a exacerber une nouvelle fois l’Islam, faisant le jeu des fondamentalistes de tous bords ?

Comme le disait si bien Desproges que l’on ne saurait taxer de « bienpensance » ou de conformisme : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. ». On pourrait peut-être y ajouter, simplement, « pas dans toutes les circonstances. »





L’affaire DSK : vérité, transparence et exigence

31 05 2011

J’écrivais sur ce blog il y a 9 mois un article sur les méfaits de l’immédiateté de l’information. L’affaire DSK qui secoue la planète depuis quelques semaines, plus que par l’aspect glauque et triste qu’elle prendra quelles que soient les conclusions de la justice américaine, est un nouveau révélateur des dérives de notre société en termes d’informations.

Caroline Fourest, écrivain, journaliste et chroniqueuse sur France Culture résume en une phrase la situation. Pour la paraphraser : Exiger la vérité des hommes politiques ou de l’information est une condition indispensable à toute démocratie moderne. Exiger en revanche la transparence est une absurdité et un véritable danger pour n’importe quelle démocratie. Or ce que nous vivons en ce moment avec ce renversement inquiétant des journaliste français qui font leur mea culpa en déclarant qu’ils auraient dû depuis longtemps écrire dans leurs colonnes sur les frasques de DSK me semble une dérive populiste grave. Je m’explique : soit DSK a déjà commis un viol ou une agression susceptible d’engendrer une décision pénale, soit … rien. Ses attitudes machistes, ses affaires extra-conjugales, si elles ne dépassent pas le cadre de la pénalisation, n’ont pas lieu d’être dans des journaux d’information, sauf à décrire la personnalité de l’homme dans le cadre d’un portrait mais sans que cela attente à sa vie privée.

Je défends sincèrement le combat des féministes lorsqu’il s’agit de lutter contre les abus de pouvoir, contre les inégalités, pour tous leurs combats pour aider les femmes à s’extirper des violences conjugales ou des agressions sexuelles, quelles qu’elles soient. Mais ce n’est pas aider la cause que d’exiger un déballage médiatique, rempli de confusions et qui , comme pour de nombreuses affaires précédentes décide de faire le procès avant l’heure. Sur cette affaire, les spectateurs ou les internautes ont été alimentés d’informations, souvent contradictoires, quasiment heure par heure pendant les premiers jours, sans aucune retenue de la part d’aucun media, si ce n’est l’usage du conditionnel pour faire bonne figure.

Sous le malsain prétexte de la transparence, les medias français décident de jouer désormais le jeu des tabloïds anglo-saxons : aucun respect de la vie privé, aucun respect de la présomption d’innocence qui a tant été brandie ces dernières semaines sans jamais être respectée. J’ai par exemple été subjugué par l’attaque de Laurent Joffrin face à Robert Badinter lors d’un débat télévisé sur France 2. Ce dernier se voit accusé de collusion avec les puissants, d’absence d’empathie pour les petits de ce monde, sous prétexte qu’il est un des seuls à répéter clairement les principes de justice fondamentaux qui doivent protéger une démocratie. Laurent Joffrin l’accuse en creux de ne pas s’intéresser au sort de cette femme de chambre mais il aborde l’affaire complètement à l’envers. Dit froidement, la question n’est pas d’avoir ou pas de l’empathie pour une femme de chambre qui a possiblement été violée, sur cette question Robert Badinter comme 99% de la planète aura en tant qu’homme de la compassion. La question fondamentale, c’est de respecter une procédure de justice et d’éviter justement de transformer une affaire pénale en un procès des comportements soi-disant courant chez les hommes de pouvoir. Les journalistes raffolent des simplifications et des généralisations. Sous prétexte de cette affaire, ils vont donc s’emparer d’un « sujet de société » et vont désormais essayer de dénicher toutes les affaires du même type pour prouver que c’est chose courante. De la même manière, nous avions le droit lors des émeutes en France à un décompte du nombre de voitures brulées dans chaque ville de France toutes les nuits mais au risque de décevoir certains, des voitures continuent à être brulées toutes les nuits en France, la seule différence c’est que les médias ont décidé de ne plus s’y intéresser (certes parce que les chiffres sont moins importants mais surtout parce que ce n’est pas le sujet tendance du moment). Je pensais que la violence de Laurent Joffrin face à Robert Badinter serait condamnée par la majorité mais c’est l’inverse qui s’est passée : Laurent Joffrin est apparu comme une sorte de Zola Dreyfusard au secours des pauvres gens face à ce pouvoir qui ne respecte rien. Très franchement, quand on sait ce qu’a fait Robert Badinter pour la justice de notre pays et par conséquent essentiellement pour les petites gens qui ne peuvent pas toujours se défendre comme les autres, il y a de quoi être écœuré par ce populisme surprenant de la part d’un journaliste pourtant de la mouvance mesurée.

Pour conclure et revenir sur les dangers de la transparence qui nous guette, je prendrai un dernier exemple. L’essor des sites type Wikileaks qui décrètent que « toute vérité est bonne à dire » et surtout qu’elle peut être dite à tous. C’est pour moi une dérive dangereuse du journalisme d’investigation pour trois raisons : contrairement à du bon journalisme d’investigation, il n’y a plus aucune éthique, plus aucun comité de rédaction pour se poser la question de la publication des informations. On étale tout ce que l’on récupère, à tout le monde et sans filtre. C’est d’une dangerosité extrême pour nos démocraties, pour le rapport entre nos classes politiques et les électeurs voire pour les équilibres géopolitiques de la planète. Ce sont pour moi des actes totalement anarchistes qui ne soucient pas du bien des populations mais qui cherchent à casser les systèmes en vigueur sans se soucier des conséquences. Ce système ne protège en outre en aucun cas les sources, ce qui est pourtan t l’essence du journalisme d’investigation. Enfin cela remet en cause le principe de la démocratie représentative qui est sacrément attaquée en ce moment. De plus en plus, on entend des politiques relayés par des médias encourager la démocratie participative. Que l’on soit bien clair : vous aurez lu à travers ces lignes que je considère l’engagement politique ou associatif comme des moteurs indispensables à des démocraties en bonne santé. Mais il me parait dangereux de faire croire aux gens qu’ils pourront décider d’une politique nationale, voire internationale à coups de réunion et de débats d’idée. Le principe de toutes nos démocraties modernes se fonde sur la représentativité : des élus que nous avons choisi pour leurs opinions et encore plus leurs compétences et sur l’indépendance et la compartimentation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Un quatrième pouvoir financier a toujours existé et a clairement pris le dessus ces dernières années mais il ne s’agit pas pour le réguler de faire n’importe quoi.

Je dis oui à Stéphane Hessel quand il demande aux jeunes de s’engager mais j’acquiesce encore plus quand il demande dans son recueil suivant de voter. Et, afin de retrouver une confiance dans nos hommes et femmes politiques, il s’agit aussi d’aller aux urnes pour voter, il s’agit aussi de s’engager politiquement plutôt que de crier « tous pourris » alors que nombreux sont ceux qui s’engagent par vocation et qui tentent de faire progresser notre société selon leurs vues. Laissons aussi la justice faire son travail avant de crier à une justice à double vitesse et messieurs, mesdames des medias, supprimez « transparence » de votre vocabulaire et remplacez-le de temps en temps par exigence.