Epicurien et puis courir

27 10 2009

Pas de coup de gueule aujourd’hui, plus l’envie de partager avec vous deux petits bonheurs de ma vie.
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Le premier est probablement le moins partagé : c’est le plaisir de courir. Bonheur évident pour toute la communauté des « coureurs » mais difficilement compréhensible pour les autres. Faciles à trouver en effet les arguments pour les détracteurs de cette pratique « bizarre » :
1. douleurs multiples – points de côté / courbatures etc.
2. manque d’objectif – courir après une balle d’accord mais après rien, pourquoi ?
3. ennui
Bref, la liste est longue pour ne pas sombrer dans cette addiction mais à chacune de ses assertions, vous vous doutez que j’ai mes contre-arguments. C’est l’avantage de l’écrit sur la parole, dans un premier temps je peux faire les questions et les réponses tout seul !
1. Des douleurs certes mais plus on court moins on les ressent et en revanche un grand sentiment de plénitude après l’effort.
2. Des objectifs, on peut s’en créer, croyez-moi, d’autant plus quand on a l’obsession des chiffres : améliorer ses propres temps, allonger les distances etc.
3. Pour qui n’aime pas être seul, il est toujours possible de courir à plusieurs mais sinon, c’est le moment parfait où vous pouvez profiter de 45 minutes ou une heure de votre temps pour laisser libre court à vos pensées.
4. A cela j’ajouterai le bonheur de se surpasser, le plaisir de l’effort : effectivement lors des semi-marathons ou de l’unique marathon que j’ai courus, je suis toujours passé par des moments où je me demandais ce que je faisais là et où j’espérais en terminer rapidement mais le bonheur de terminer, la satisfaction d’avoir su atteindre son but en dépassant ses petites souffrances (il faut relativiser quand-même!) vous donnent un sentiment de plénitude et une confiance en soi énormes. Vous avez la sensation ensuite d’être capable d’accomplir d’autres projets qui germaient en vous depuis un bout de temps.
5. Je vous épargnerai les effets positifs sur la santé car il faut véritablement que cela devienne un plaisir si vous voulez avoir une chance de courir régulièrement et puis, pas de prosélytisme, je ne vous demande pas de partager ce bonheur ! En revanche cela peut devenir un peu comme une drogue, on y prend goût rapidement mais avec peu d’effets néfastes sur la santé sauf à courir comme un forcené.

Y prendre goût, cela m’amène à mon 2ème petit bonheur de la vie, celui-là je l’élèverai même au rang de grande passion : manger ! Vous me direz et vous aurez en partie raison, les deux se concilient difficilement. A mon grand malheur, courir ne fait pas maigrir à moins d’y associer un régime ad-hoc et là, mille sabords, capitaine, je ne pourrais m’y tenir. Tout au plus cela permet de justifier auprès de ma conscience certaines gourmandises payées lors du jogging suivant, cercle vertueux ou vicieux, à vous de choisir, en tout cas moi je m’y retrouve.
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Car pour en revenir à la nourriture, je me considère comme un grand chanceux. Je m’explique : à raison de 2 repas par jour (je ne compte pas le petit-déjeuner, souvent délaissé à tort), j’ai donc 728 occasions de me faire plaisir dans l’année ! Et c’est sans compter ce que tout gourmand doit probablement ressentir comme moi : le plaisir pris à imaginer ce que je vais manger lors du/des prochains repas, le réjouissance à préparer un repas, le bonheur à partager avec d’autres un repas, la joie de raconter un menu dégustation !
Penser à un repas, c »est comme la sensation agréable que vous avez quand vous planifiez un voyage : vous avez hâte d’y être, en même temps l’idée d’y être bientôt vous comble déjà en partie.
Parfois on peut conjuguer les deux : un weekend gastronomique ! le guide Michelin a de belles années devant lui avec des clients comme moi !

Bref, je crois que ces 2 bonheurs résument bien ma nature de rabelaisien qui aime l’effort. S’il fallait une devise, je pourrais dire « Epicurien et puis courir »

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Des bons points aux élèves salariés

11 10 2009

Vous avez entendu parler de la nouvelle initiative de l’Education Nationale qui va être testée dans un Lycée Professionnel dans le Val de Marne : créer une cagnotte de 10 000€ pour « récompenser » les élèves non abstentionnistes. En effet, il semble que les Lycées professionnels soient en proie à un mal de plus en plus aigu, le désintérêt croissant des élèves pour les cours et par conséquent un très fort absentéisme.
J’aimerais réagir à cette initiative de l’Education Nationale qui me paraît totalement absurde mais surtout dangereuse :
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Il est beaucoup dit en ce moment que l’enseignement professionnel n’est pas assez valorisé en France, à juste titre. Est-ce en donnant de l’argent de poche aux élèves qui ont le « courage de venir en classe » que l’on va revaloriser ces sections ?
– On récompense ici non pas la qualité de l’écoute et du travail effectué mais la présence en cours !
– Comme toujours avec ce gouvernement, on annonce une mesure sans même l’avoir réfléchi : comment sera utilisé et redistribué cet argent ?
– Mais on insinue surtout par là-même qu’il faut du courage pour se lever le matin aller écouter son professeur …
– A chaque nouveau gouvernement, voire nouveau ministre de l’Education, on a le droit à une série de mesurettes pour tenter d’améliorer le système éducatif. Autant les efforts effectués dans les Universités me semblaient en partie justifiés : Essayer par exemple d’introduire une part de sponsoring privé dans les Universités ne me parait pas absurde car cela introduira plus de passerelles entre le monde de l’Entreprise et le monde universitaire (Il reste bien sûr le risque de différenciation entre chaque Université mais il existe déjà aujourd’hui et, bien géré par sa direction , une université pourrait très bien trouver des spécialisations lui permettant d’attirer des partenaires spécifiques). Autant cette initiative donne un signal catastrophique :

Plutôt que de se servir des fonds existants pour rémunérer de manière intelligente les professeurs, on fait des élèves des « salariés » à part entière, on introduit donc la notion que l’Ecole n’est plus une chance et un devoir mais plutôt un « travail » méritant rémunération.

– Imaginons d’abord le scénario à petite échelle : Certains élèves, auparavant absentéistes, vont désormais se contenter de venir aux cours avec à la clef une rémunération. Pour les élèves essayant véritablement de s’en sortir, il y aura obligatoirement un sentiment d’injustice.
– Maintenant à plus grande échelle : Imaginons que l’opération s’avère efficace, en terme de présence des élèves en tout cas. Nous allons avoir droit à ne ribambelle de médias nous expliquant le succès de l’opération avec interviews d’élèves à la clef expliquant qu’ils ont ainsi pu se payer leur permis de conduire …mais quelle sera alors la réaction de tous les autres lycéens ? Je vous le donne en mille : pourquoi pas moi ! je n’ai pas manqué une fois les cours cette année, pourquoi je n’ai pas eu de récompense ? et à partir de là, on peut imaginer un vrai changement de mentalité déjà opéré chez de nombreux jeunes ou pas jeunes : tout effort (ici effort d’aller à l’Ecole !) mérite argent (attention je tiens à ajouter que le système de bourse pour aider les élèves méritants dans leurs études est bien sûr primordial mais cela n’a rien à voir !)

C’est ici que cela devient le plus inquiétant : alors que nous avons un président qui se fait fort d’être le grand moralisateur du capitalisme (vous aurez entendu mon sarcasme), nous allons entrer dans une société où nous rémunérerons nos enfants pour leur donner la chance d’acquérir du savoir …Où va-t-on ? ce n’est évidemment pas par l’argent qu’il faut à nouveau susciter l’intérêt mais par le contenu de l’enseignement et par la manière de transmettre ce contenu, et donc par les transmetteurs, les professeurs.

Qu’est-ce qui compte le plus aujourd’hui ? Rénover le système afin que des professeurs méritants et volontaires puissent espérer des augmentations significatives de salaire (ainsi qu’une véritable reconnaissance) en réponse à leur évaluation et non pas uniquement à leur ancienneté. Mais on touche là au sacro-saint principe de l’Education Nationale qui veut qu’un professeur ne pourrait être évalué comme un autre salarié ou fonctionnaire. Alors de deux choses l’une, soit le niveau de certains est tellement inquiétant qu’ils n’ont effectivement pas intérêt à entrer dans un tel système, soit on part du principe auquel je crois qu’introduire un vrai système d’évaluation engendrera une émulation positive. Je ne parle pas évidemment des inspecteurs venant faire leur visite une fois tous les 2 ans. Je parle d’un système où le proviseur aurait pour rôle, en fonction de différents critères ainsi que de ses propres jugements, de « noter » le professeur chaque année sur un vrai suivi longitudinal.

Ce virage, aucun Président/Ministre, de gauche comme de droite, ne veut le prendre face à la puissance du corporatisme des enseignants. Mais s’il était justement tenté à petite échelle dans certains lycées avec des enseignants volontaires, je suis sûr qu’il obtiendrait ses fruits et qu’il ferait ensuite figure d’exemple pour se propager doucement.

Je suis pour ma part fatigué d’avoir l’éternel débat avec des amis dans le privé m’expliquant que les fonctionnaires ne devraient pas se plaindre avec leur sécurité de l’emploi et que l’utilisation de leur droit de grève est scandaleuse. Je pense qu’il existe beaucoup de fonctionnaires, et particulièrement d’enseignants qui aiment leur travail mais qui finissent parfois démotivés par leurs collègues / l’absence de motivation / le trop peu de formation pédagogique face à l’enseignement théorique. Le plus gros taux de suicide aujourd’hui n’est pas chez France Telecom mais dans l’Education Nationale, alors, laissons deux secondes Yann Arthus-Bertrand dans son hélico (ça c’est gratuit mais il me gonfle de plus en plus celui-là) et donnons-nous les moyens pour que la plus importante des missions, la transmission du savoir, soit à nouveau une fierté pour les enseignants et un plaisir pour les élèves.
Une anecdote pour finir : je me souviens à la fin de mon année de 6ème avoir été récompensé par la Mairie de Paris comme des centaines d’autres élèves pour mon implication et mes résultats en cours. Je me souviens de ma fierté de petit garçon, allant recevoir de l’adjoint au maire un livre que j’ai toujours (un beau livre sur La Longue Marche, ironique car Chirac était maire de Paris à l’époque) en présence de ma maman dans la salle. Ce n’était évidemment pas de l’argent mais ce fut, j’en suis sûr, un événement beaucoup plus marquant pour tous les enfants présents ce jour là.