Des bons points aux élèves salariés

11 10 2009

Vous avez entendu parler de la nouvelle initiative de l’Education Nationale qui va être testée dans un Lycée Professionnel dans le Val de Marne : créer une cagnotte de 10 000€ pour « récompenser » les élèves non abstentionnistes. En effet, il semble que les Lycées professionnels soient en proie à un mal de plus en plus aigu, le désintérêt croissant des élèves pour les cours et par conséquent un très fort absentéisme.
J’aimerais réagir à cette initiative de l’Education Nationale qui me paraît totalement absurde mais surtout dangereuse :
Bonpoint2

Il est beaucoup dit en ce moment que l’enseignement professionnel n’est pas assez valorisé en France, à juste titre. Est-ce en donnant de l’argent de poche aux élèves qui ont le « courage de venir en classe » que l’on va revaloriser ces sections ?
– On récompense ici non pas la qualité de l’écoute et du travail effectué mais la présence en cours !
– Comme toujours avec ce gouvernement, on annonce une mesure sans même l’avoir réfléchi : comment sera utilisé et redistribué cet argent ?
– Mais on insinue surtout par là-même qu’il faut du courage pour se lever le matin aller écouter son professeur …
– A chaque nouveau gouvernement, voire nouveau ministre de l’Education, on a le droit à une série de mesurettes pour tenter d’améliorer le système éducatif. Autant les efforts effectués dans les Universités me semblaient en partie justifiés : Essayer par exemple d’introduire une part de sponsoring privé dans les Universités ne me parait pas absurde car cela introduira plus de passerelles entre le monde de l’Entreprise et le monde universitaire (Il reste bien sûr le risque de différenciation entre chaque Université mais il existe déjà aujourd’hui et, bien géré par sa direction , une université pourrait très bien trouver des spécialisations lui permettant d’attirer des partenaires spécifiques). Autant cette initiative donne un signal catastrophique :

Plutôt que de se servir des fonds existants pour rémunérer de manière intelligente les professeurs, on fait des élèves des « salariés » à part entière, on introduit donc la notion que l’Ecole n’est plus une chance et un devoir mais plutôt un « travail » méritant rémunération.

– Imaginons d’abord le scénario à petite échelle : Certains élèves, auparavant absentéistes, vont désormais se contenter de venir aux cours avec à la clef une rémunération. Pour les élèves essayant véritablement de s’en sortir, il y aura obligatoirement un sentiment d’injustice.
– Maintenant à plus grande échelle : Imaginons que l’opération s’avère efficace, en terme de présence des élèves en tout cas. Nous allons avoir droit à ne ribambelle de médias nous expliquant le succès de l’opération avec interviews d’élèves à la clef expliquant qu’ils ont ainsi pu se payer leur permis de conduire …mais quelle sera alors la réaction de tous les autres lycéens ? Je vous le donne en mille : pourquoi pas moi ! je n’ai pas manqué une fois les cours cette année, pourquoi je n’ai pas eu de récompense ? et à partir de là, on peut imaginer un vrai changement de mentalité déjà opéré chez de nombreux jeunes ou pas jeunes : tout effort (ici effort d’aller à l’Ecole !) mérite argent (attention je tiens à ajouter que le système de bourse pour aider les élèves méritants dans leurs études est bien sûr primordial mais cela n’a rien à voir !)

C’est ici que cela devient le plus inquiétant : alors que nous avons un président qui se fait fort d’être le grand moralisateur du capitalisme (vous aurez entendu mon sarcasme), nous allons entrer dans une société où nous rémunérerons nos enfants pour leur donner la chance d’acquérir du savoir …Où va-t-on ? ce n’est évidemment pas par l’argent qu’il faut à nouveau susciter l’intérêt mais par le contenu de l’enseignement et par la manière de transmettre ce contenu, et donc par les transmetteurs, les professeurs.

Qu’est-ce qui compte le plus aujourd’hui ? Rénover le système afin que des professeurs méritants et volontaires puissent espérer des augmentations significatives de salaire (ainsi qu’une véritable reconnaissance) en réponse à leur évaluation et non pas uniquement à leur ancienneté. Mais on touche là au sacro-saint principe de l’Education Nationale qui veut qu’un professeur ne pourrait être évalué comme un autre salarié ou fonctionnaire. Alors de deux choses l’une, soit le niveau de certains est tellement inquiétant qu’ils n’ont effectivement pas intérêt à entrer dans un tel système, soit on part du principe auquel je crois qu’introduire un vrai système d’évaluation engendrera une émulation positive. Je ne parle pas évidemment des inspecteurs venant faire leur visite une fois tous les 2 ans. Je parle d’un système où le proviseur aurait pour rôle, en fonction de différents critères ainsi que de ses propres jugements, de « noter » le professeur chaque année sur un vrai suivi longitudinal.

Ce virage, aucun Président/Ministre, de gauche comme de droite, ne veut le prendre face à la puissance du corporatisme des enseignants. Mais s’il était justement tenté à petite échelle dans certains lycées avec des enseignants volontaires, je suis sûr qu’il obtiendrait ses fruits et qu’il ferait ensuite figure d’exemple pour se propager doucement.

Je suis pour ma part fatigué d’avoir l’éternel débat avec des amis dans le privé m’expliquant que les fonctionnaires ne devraient pas se plaindre avec leur sécurité de l’emploi et que l’utilisation de leur droit de grève est scandaleuse. Je pense qu’il existe beaucoup de fonctionnaires, et particulièrement d’enseignants qui aiment leur travail mais qui finissent parfois démotivés par leurs collègues / l’absence de motivation / le trop peu de formation pédagogique face à l’enseignement théorique. Le plus gros taux de suicide aujourd’hui n’est pas chez France Telecom mais dans l’Education Nationale, alors, laissons deux secondes Yann Arthus-Bertrand dans son hélico (ça c’est gratuit mais il me gonfle de plus en plus celui-là) et donnons-nous les moyens pour que la plus importante des missions, la transmission du savoir, soit à nouveau une fierté pour les enseignants et un plaisir pour les élèves.
Une anecdote pour finir : je me souviens à la fin de mon année de 6ème avoir été récompensé par la Mairie de Paris comme des centaines d’autres élèves pour mon implication et mes résultats en cours. Je me souviens de ma fierté de petit garçon, allant recevoir de l’adjoint au maire un livre que j’ai toujours (un beau livre sur La Longue Marche, ironique car Chirac était maire de Paris à l’époque) en présence de ma maman dans la salle. Ce n’était évidemment pas de l’argent mais ce fut, j’en suis sûr, un événement beaucoup plus marquant pour tous les enfants présents ce jour là.

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2 responses

29 11 2009
Sylvie

Des profs « méritants »…. ?????? une « note » aux professeurs chaque année ? Et tu appelles ça un progrès ? Mais arrêtez de fantasmer sur l’enseignant-fonctionnaire-branleur-qui-en-fiche-pas-une-rame-et-qui-est-soit-en-grève-soit-malade-soit-en-vacances…. !!! Y a pas encore assez de suicide au travail ? (voir France Telecom…) Y a pas assez de pressions sur les profs ? La note, c’est l’emploi du temps pourri à la prochaine rentrée si tu fais pas comme on te dit, et les classes difficiles , c’est les coups de téléphone des parents au moindre faux pas… , c’est le chahut quand les (rares profs) sont pas à la « hauteur »…
Mais surtout, on n’a pas entendu ariko51 , la carotte et le bâton pour les méchants ou gentils proprofs……Car, vois-tu la note, la récompense, c’est la réussite et la gratitude de nos élèves !…Et je vais moi aussi te raconter une anecdote…
j’ai commencé à enseigner dans un collège réputé des plus difficiles, et je n’avais pas 25ans, dans un no man’s land aux voitures désossées et brûlées…. la plupart des enfants parlaient à peine le français…les 6èmes avaient des cutters dans leurs poches…un jour toutes les vitres de nos voitures ont volé en éclats….et bien, ma récompense, c’est qu’au bout de quatre ans , quand j’ai reçu ma mut’ (mon compagnon vivait à 800km), mes 138 élèves sont venus m’apporter des poèmes, m’ont chanté une chanson d’adieu, ma récompense trois ans après c’est que Karima, une fillette que j’avais eu le 1ère année en 6ème, m’a écrit pour me dire qu’elle avait été reçue au baccalauréat….Ma « note » chaque année et la gratitude de tant d’ados qui reviennent me dire bonjour en salle des profs… cas exceptionnel ?…non, nous sommes des milliers à nous donner passionnément chaque jour pour la réussite de nos élèves, au détriment de notre vie de famille parfois (soutien scolaire quasi bénévole le soir, atelier théâtre entre midi et deux,….) et nous refusons d’entrer dans l’humiliation de la note au mérite et forcément arbitraire que peut donner un chef d’établissement !

29 11 2009
ariko51

Sylvie, que d’agressivité dans tes propos ! Il est bien évident que la plus grande gratitude pour un professeur est le progrès et la reconnaissance de ses élèves ! Quand je lis ta réaction alors que j’étais en train de critiquer le système éventuel de rémunération des élèves pour leur présence en cours, je suis inquiet. Il se trouve que j’ai dans ma famille des enseignants, plus que motivés et qui ont choisi délibérément d’enseigner dans des classes à enfants « difficiles » par pure vocation. Il se trouve également que je considère le métier d’enseignant probablement comme le plus beau et le plus important du monde. Il se trouve, ironie des premières phrases que tu m’assènes, que je suis le premier à monter au créneau quand on me sort que les profs sont des flemmards qui en plus se mettent en grève.
Mais là où je suis en désaccord complet avec toi, c’est sur l’impossibilité de juger la qualité du travail d’un professeur : il suffit de te poser la question : penses-tu que dans le lycée où tu exerces il n’y a pas des professeurs meilleurs que d’autres et qui essaient plus que d’autres ? Et pourquoi serait-ce absurde de payer plus (bouh le vilain mot) un meilleur enseignant ? Cela n’empêchera en rien la reconnaissance des élèves et même si ce n’est pas leur objectif premier, je connais plein d’enseignants qui accueilleraient avec gratitude le fait que l’on rétribue avec un salaire plus décent leurs efforts.
Quand je te lis sur le chef d’établissement, je suis également choqué car il devrait être une personne avec qui tu travailles en concertation (c’est peut-être le cas) et dans lequel cas pourquoi donnerait-il une appréciation arbitraire ?
Trouves-tu normal de t’être retrouvé sans expérience à 25 ans dans un Lycée avec des élèves de 6ème avec des cutters dans leur poche ? Ne serait-il pas plus judicieux d’y mettre des enseignants plus expérimentés et, oui, de les payer en conséquence (bouh je parle d’argent encore) ?
Bref, j’admire encore une fois ce métier plus que tout mais je trouve que c’est avec ce type de raisonnement que l’on ne pourra pas faire les réformes nécessaires et que tu continueras à entendre des remarques que tu sembles être la dernière à mériter.

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