Dîtes 33

8 09 2010


A 33 ans, Jésus était déjà mort, Mozart écrit un de ses derniers chefs-d’œuvre, Cosi Fan Tutte, Mandela est le premier avocat noir de Johannesburg et devient vice président de l’ANC … personnellement quel est mon plus grand accomplissement ? Avoir une femme et une vie que j’aime et deux garçons extraordinaires. Je suis conscient que c’est déjà beaucoup et j’ai également conscience de ne pas avoir le talent de certains ou les ambitions d’autres. Cela dit et fort heureusement j’ai aussi l’impression d’être encore incomplet, de ne pas avoir assouvi certaines de mes aspirations voire de ne pas totalement les connaitre.

Ce qui est passionnant à un tel âge, c’est l’impression d’être au beau milieu de sa vie (pourquoi pas au tiers de ma vie, mourir à 99ans, ça ne me déplairait pas) et d’avoir la possibilité de faire des choix importants qui impacteront sur la suite. Bien sûr, certains chemins, professionnels notamment, sont déjà fermés : je ne serai ni explorateur comme je le souhaitais à 6 ans, ni cosmonaute comme je me l’imaginais à 8 ans, je ne serai pas non plus juge ou psychiatre comme j’ai pu le concevoir un peu plus tard. Mais, après tout, je suis surtout heureux d’avoir choisi une voie qui me correspond, un parcours qui me laisse encore suffisamment de souplesse pour imaginer différentes options pour le futur. Je crois d’ailleurs qu’il est important à la fois d’accepter une part de destin dans sa vie mais aussi de se rappeler que rien n’est jamais inéluctable.

On traverse des périodes dans sa vie qui, si elles ne peuvent être clairement délimitées, ont tout de même des caractéristiques communes à la plupart des individus :

La première période au sens large est la jeunesse. On souhaite toujours se porter vers le futur même si on y vit dans l’instant. C’est l’époque des grands rêves qui n’ont pas de limites. Bien sûr cette période a 2 phases bien distinctes : l’enfance et l’adolescence. Sans entrer dans le détail de ma vie privée, je crois avoir adoré mon enfance et m’être senti beaucoup moins heureux, en tout cas mal dans ma peau durant mon adolescence. Je crois que j’idéalise surement les dix premières années de ma vie mais après tout, c’est ce que me renvoie ma mémoire et c’est bien cela le plus important. L’adolescence quant à elle fut surement assez banale. Pas très à l’aise dans mon corps et donc avec les filles (sujet obsessionnel de cette période comme on le voit avec beaucoup d’acuité et de tendresse dans Les beaux Gosses), pas de rébellion avec mes parents mais l’acception difficile de leurs imperfections, mis en exergue par leur séparation. Bref la fin de l’insouciance et l’apprentissage de la complexité de la vie, chose difficile pour un garçon épris de justice et de bonté. Quant à la fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte, entre 18 et 25 ans, c’est une période de choix importants mais où le corps est à son apogée et où l’insouciance est encore bien présente. J’ai l’impression de l’avoir vécue intensément avec des pics d’émotions, révélateurs de la fragilité intérieure et de l’énergie bouillonnante de ces années là. Certains seront surpris de lire ces lignes car j’ai plutôt l’image de quelqu’un de mesuré et contrôlé mais on n’exprime pas toujours ce que l’on est ou du moins ce que l’on ressent.

Vient donc ensuite cette période, entre deux, où l’on n’est pas vieux mais plus tout à fait jeune, où l’on apprend les responsabilités mais où l’indépendance nous autorise les choix. C’est une période passionnante où l’on vit encore dans l’instant présent mais où l’on ne se tourne plus seulement vers le futur mais aussi vers le passé. C’est un peu comme pour un marathon. Lorsqu’on est au milieu de la course, on est un peu dans un no man’s land où l’on ne sait pas trop bien s’il faut regarder derrière sur ce que l’on a déjà réussi à accomplir où s’il faut se concentrer sur comment affronter les obstacles à venir. En même temps, il arrive souvent dans une longue course un moment de sérénité où l’on ne ressent plus l’effort, la douleur et où l’on a l’impression que le corps pourrait continuer de courir automatiquement sans fin. Je pense que cette période de ma vie est un peu à la lisière de ces sensations. Le livre de Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, apporte à ce titre des analogies très intéressantes et je ne saurais que trop le recommander à ceux qui, comme moi, aiment à la fois courir et se poser des questions existentielles. Mais je constate également toute l’importance que revêt mon passé, voire le passé de mes aïeuls aujourd’hui. Plus j’avance et plus je ressens ce besoin de ne pas oublier et d’essayer de me remémorer. Il y a une part de mélancolie joyeuse dans ce sentiment, il y a surement le besoin de lutter contre la vacuité de l’existence et l’envie de transmettre décuplée par le fait d’avoir des enfants.

Aujourd’hui si j’allais chez le Docteur pour dire 33, je suis persuadé qu’il y verrait une personne profondément épanouie mais encore pleine d’interrogations sur ce qu’elle a à apporter, sur ce qu’elle a déjà vécu et sur ce qui lui reste à recevoir et à donner.

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2 responses

16 09 2011
Marion B.

Le compte à rebours devient de plus en plus pesant et le 33 un lointain souvenir !! 😛
Restait bien la plaque minéralogique… mais la norme européenne l’a confisquée !
Tant pis, on garde le moral, et on continue à dire 33, d’une façon ou d’une autre…
(j’emprunte au passage cette image de Geluck pour illustrer un post-photo)
Bonne continuation, pour les 66 ans à venir ! 😉

16 09 2011
Dites « trente-trois  ! « « Du côté du Teich

[…] Clin d’oeil à un célèbre matou matheux… qui ne fait pas son âge ! […]

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