Cinéma Tchi tcha

MARY & MAX

Je ne suis pas peu fier … je ne pensais jamais avoir la chance de voir dans une salle de cinéma Mary & Max à Singapour, film d’animation australien dont j’avais entendu le plus grand bien à la fois par ma lecture assidue de sites spécialisés et par les bons conseils de mes cinéphiles préférés. Et bien si, il s’avère que le film a eu le droit à 2 séances en tout et pour tout à Singapour à l’occasion d’un festival d’animation dont m’est avis que peu de gens connaissent ici.
Bref, merci Internet qui m’a permis de dégoter cette séance et surtout qui m’a autorisé à découvrir une des pépites de la cuvée cinématographique 2009.
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Le film narre la naissance d’une amitié improbable grâce à leurs échanges épistolaires entre un vieil autiste juif new-yorkais, Max Horowitz, et une petite fille d’un patelin australien, Mary Daisy Dinkle. Ces deux êtres à part ont le plus grand mal à se trouver une place dans un monde complexe et hostile à leurs yeux et ne rêvent que d’une chose : avoir un ami.
Tout est humour et poésie dans ce film d’animation (pour adultes mais à montrer à des ados ou des grands enfants). Les personnages sont déroutants, la voix-off joue le décalage entre sa neutralité et les incongruités qu’elle nous assène. La triste empathie qui nous touche au début devant la vie de ces 2 personnages se transforme doucement en complicité grâce à l’humour noir ou absurde toujours présent. Et je dois dire que j’ai même du essuyer discrètement ma petite larme à la fin du film même si le réalisateur évite tout misérabilisme.

On est en quelque sorte entre du Desproges (le traitement de l’autisme de Max est digne des blagues de Desproges sur son cancer), du Woody Allen (le bon vieil humour juif new yorkais) et du Nick Park (le créateur du génialissime Wallace et Gromit) dont on retrouve également l’humour décalé et le procédé visuel appelé stop motion qui consiste à filmer image par image (pour un film d’1h30 comme celui-ci, à raison de 24 images par seconde, il faut donc « photographier » près de 130 000 images !). Celui-ci permet notamment, sans copier (comme le fait la 2D ou la 3D classique) de proposer une palette infinie de faciès des personnages. Sensation étrange que de ressentir plus d’émotions dans ses pâtes à modeler que dans le jeu outré de certains acteurs …
Et puis les couleurs utilisées nous plongent dans une ambiance inhabituelle : on navigue entre le N&B, le Noir et Marron (le marron est primordial ici, c’est le chocolat mais aussi la couleur de la tâche de naissance de Mary et bien-sûr sa couleur préférée) et le Rouge (des poissons, du rouge à lèvres de la mère alcoolique, du pompon de Max …)

On ne s’ennuie pas une seule seconde grâce aux gags qui accompagnent la lecture de ces lettres ou la voix-off narrant la vie misérable des deux protagonistes. On pourrait citer au hasard la mort accidentelle des parents de Mary, la théorie fumeuse sur les poissons victimes du tabac, l’explication sur le mystère de la naissance des bébés, le gag récurrent sur les poissons rouges …

Mais il y a toujours une humanité extraordinaire qui règne et l’amour que porte le réalisateur pour ses drôles de personnages est palpable à tous les instants.
C’est en fait l’antithèse d’un Forrest Gump, voire dans une moindre mesure d’un Rain Man. C’est une éloge de la différence mais sans moralisme et qui ne veut pas non plus nous faire croire que les êtres « différents » sont dotés de meilleures intentions.

Conseillé aux derniers réfractaires à l’animation et à tous les autres
Déconseillé aux amateurs de Cherry et aux poissons rouges

GLOIRE AUX BATARDS
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Nouvel opus tarantinien et éternel débat sur son cinéma : Ses défenseurs arguent pour son sens de la mise en scène, sa maîtrise des dialogues, ses détracteurs contre sa violence gratuite, son absence de thématique et de psychologie qui n’en font pas un auteur à leurs yeux mais juste un bon faiseur voire un manipulateur.
Et bien je vais vous dire, je n’ai envie de fâcher personne aujourd’hui, je serai d’accord avec tout le monde … à une nuance près : personnellement j’aime être manipulé au cinéma et je préfère cent fois que les spectateurs laissent libre cours à des pulsions violentes devant un écran qu’ailleurs. Je suis de ceux qui ne croient pas que la violence à l’écran engendre une violence personnelle, celle-ci est déjà enfouie en vous et ce n’est pas parce que Tarantino refait l’histoire avec ces bâtards vengeurs qu’un jeune va ensuite décider de faire pareil. Bien sûr je ne mettrai pas mon fils seul devant un tel film avant qu’il ait suffisamment de maturité mais, pour faire court sur ce sujet, je dirais que la violence n’a pas attendu le cinéma ou la littérature pour exister …
Pour en revenir au film, c’est un pur moment de réjouissance avec quelques scènes culte comme la scène d’introduction où le spectateur vit avec les juifs cachés sous le parquet leur peur grandissante. Tarantino a un don pour faire monter le suspens via son cadrage, des dialogues totalement inhabituels, une utilisation de la musique extraordinaire et des comédiens (ici quasi inconnus) dirigés parfaitement. On pourrait également parler de la scène dans la taverne construite sur le même principe mais avec cette fois-ci une mécanique plus complexe car impliquant une dizaine de personnages.
Mais au delà de ces scènes d’anthologie, j’aime aussi le culot de Tarantino de s’emparer de l’Histoire pour raconter la sienne. Peu lui chaut de réinventer l’histoire, il y prend au contraire un malin plaisir et sous ses airs de cabotin donne finalement une belle démonstration de sa vision de l’artiste : Un raconteur d’histoires qui s’empare du pire et du meilleur de l’humanité pour en faire un spectacle dénué de morale.

Et puis quel dénicheur de talents et quel directeur d’acteurs :
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Que dire de Christoph Waltz sinon que son prix à Cannes n’est pas usurpé, il faut quand même rappeler que ce comédien de théâtre n’avait jusqu’alors joué uniquement dans des sériés télé allemandes de seconde zone (trouvez la redondance ici).
Mention TB également à Denis Ménochet, excellent père de famille dans la scène d’ouverture.
Bravo à Mélanie Laurent qui pour l’anécdote a obtenu le rôle en passant un dernier test original : projeter du début à la fin un film de Tarantino (ceux qui on vu le film comprendront), je la préfère largement à l’hystérique Marion Cotillard mais là je m’égare.
Daniel Brühl est excellent en héros de la Wehrmacht ambigü, Michael Fassbender en train de se faire une filmo incroyable (Hunger, Fish Tank), Til Schweiger utilisé au max de son talent (souvenez-vous Lucky Luke), Eli Roth utilisé à bon escient (lui, heureusement que le cinéma est là pour assouvir ses pulsions, cf Hostel …)
En revanche, Brad Pitt est franchement moyen, mieux vaut aller le voir dans Burn after reading, et pour en finir avec la distribution des bons et mauvais points (…), mention zero à Jacky Ido, le compagnon de Shosanna, n’y voyez là aucune jalousie de ma part, il joue tout simplement aussi bien que Frédéric Diefenthal dans Taxi …
A conseiller donc aux amoureux du cinéma de genre
A déconseiller aux sensibles à l’hémoglobine et à ceux qui n’aiment que le cinéma refasse l’histoire

Le génie de Tarantino, c’est d’utiliser sa science et sa connaissance du cinéma pour le renouveler sur des thèmes pourtant vus et revus. A avoir entendu quelques uns de ses interviews, je ne suis pas persuadé qu’il soit lui-même passionnant, mis à part sur le cinéma. Mais ce n’est pas ce que je lui demande. Je ne préfère pas entendre ses théories géopolitiques qui risqueraient de me hérisser le poil. En revanche, c’est pour moi un des plus grands réalisateurs vivants et pour appuyer mon propos, je citerai une scène de chacun de ses films, liste bien évidemment subjective et non exhaustive :

le découpage de l’oreille par Michael Madsen dans Reservoir Dogs (oui je sais vous allez vraiment penser que j’ai un problème)
– La scène du braquage dans Pulp Fiction et le fameux Royal with Cheese de Travolta

– le générique de Jacky Brown avec l’arrivée de Pam Grier sur la musique de Bobby Womack, Across 110th street

– le combat de sabre au Japon dans Kill Bill Vol 1

– L’enterrement d’Uma Thurman vivante dans Kill Bill Vol 2

– La poursuite finale dans Boulevard de la mort

– les 2 scènes précités dans Inglourious Basterds

LE FILM CULTE

A ceux qui ne le sauraient pas encore, je suis un véritable cinéphile doublé d’un cinévore patenté. Ceci présente l’avantage de pouvoir ingurgiter du cinéma en tous genres où recèlent parfois des pépites bien cachées. Je déteste l’ostracisation et lorsqu’il s’agit de ma passion encore plus. Je m’insurge donc tout autant contre les gens incapables d’apprécier un bon Indiana Jones que ceux qui dénigrent un film car il est dans une langue qui leur est inconnue ou qu’il prend le temps de la réflexion. Pour moi, le cinéma, encore plus que les autres arts, est extraordinaire de par sa diversité et de part les émotions qu’il peut susciter : peur / tristesse / joie / jubilation / voyeurisme / compréhension du monde / des relations humaines, c’est très personnel mais je ne retrouve pas la même palette dans la musique ou la peinture par exemple.
Et ce que je préfère d’ailleurs le plus dans une salle obscure c’est lorsque je me retrouve face à un film intelligent et divertissant à la fois.

Ce qui m’amène à parler de mon film culte : L’Etoffe des Héros de Philip Kaufman.
Mais comment en arrive-t-on à avoir un film culte ?
Il faut déjà une certaine dose d’obsession … depuis l’âge de 14 ans, je note dans un cahier tous les films que j’ai pu voir (je suis passer à Excel depuis quelques années …)
Il faut ensuite un passé : des parents cinéphiles qui m’emmènent au cinéma depuis petit et pas seulement voir les derniers Disney.
Et puis il faut un contexte : ce film ne serait probablement pas à mon panthéon si je ne l’avais vu pendant mon adolescence.

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Mais venons-en au film :
L’histoire : L’odyssée de l’Espace, course à la montre entre les Américains et les Russes sous fond de guerre froide
Le traitement : A moitié documentaire sur la Grande Histoire / A moitié fiction sur la petite histoire des hommes qui ont participé à cette épopée.

Et quoi de plus fascinant pour un adolescent que de suivre les premiers hommes à aller dans l’espace ou ceux dépassant leurs limites pour battre de nouveaux records.
Je suis donc conscient de la grande part de fascination dans mon choix mais j’ai revu le film à plusieurs reprises et force est de constater qu’il a de nombreuses qualités intrinsèques :
– Le montage qui met remarquablement en lumière la Grande Histoire via les péripéties de la petite histoire.
– L’héroisation des personnages sauvée par une dérision et un second degré souvent présents. On est très loin ici d’Apollo13 et de l’horripilant Tom Hanks …
– La direction d’acteurs, tous excellents : Ed Harris, Scott Glenn, Dennis Quaid, Fred Ward, Barbara Hershey, Lance Henriksen …et Sam Shepard, qui dégage à lui tout seul plus de testostérone que tous les Tom Cruise, Brad Pitt, George Clooney et Clive Owen réunis (ah les filles je vois d’un coup une lueur dans vos yeux)
– Le recul pris par le réalisateur qui évite soigneusement l’ode aux Etats-Unis tout en affichant sa fascination pour cette épopée.
– La jubilation ressentie, sentiment que j’adore retrouver au cinéma, que ce soit devant le jeu d’un acteur, des dialogues géniaux ou des images magnifiques
– Le sentiment enfin d’avoir passé un bon moment tout en ressortant un tout petit peu plus intelligent

Bref, même si j’ai vu depuis de nombreux films auxquels je reconnais plus de qualités cinématographiques, celui-là restera probablement

A conseiller à tous ceux qui ont rêvé un jour d’être au milieu des étoiles
A déconseiller à tous les écolos qui crieront au blasphème devant tant de fuel consommé

Depuis mon arrivée à Singapour, beaucoup de nouveautés et de curiosités mais aussi des frustrations et notamment le manque de variété dans l’offre « cinéma ». C’est en règle générale, mis à part quelques rares festivals, blockbusters américains (parfois bons !) ou blockbusters asiatiques …
Mais nous avons le droit aussi aux grosses productions hollywoodiennes labellisées de qualité, telles MILK, GRAN TORINO ou THE READER. C’est de ce dernier dont j’ai décidé de vous parler.

THE READER

TheReader

Exemple type du film casse-gueule : Adapter un roman à succès qui a su traiter (des dires de tous ceus ceux qui m’en ont parlé car je ne l’ai pas lu) avec sobriété et poésie un sujet original délicat : la passion dans l’après-guerre entre un jeune allemand et une ex-gardienne de camp nazie illettrée, de près de 20 ans son ainée. L’un offrant à l’autre ce qu’il désire le plus : l’amour (physique) pour Michael , la littérature pour Hanna.
Des années plus tard, alors qu’il a perdu de vue Hanna, il découvre son passé lors de son procès auquel il assiste en tant que jeune juriste, que faire, que penser ?

Je n’ai pas lu le livre et c’est probablement ce qui m’a sauvé. Nous sommes en effet quasi-toujours déçus par les adaptations de livres au cinéma, probablement en partie parce que chacun se fait son propre film à partir d’un livre et que celui à l’écran n’y correspond pas.

Le film est poignant car il regarde le nazisme via le spectre de ce jeune allemand. Plusieurs questions nous sont posées : Comment et jusqu’où femmes ou hommes peuvent-il exécuter des ordres engendrant la souffrance et la mort de milliers d’autres ? Les générations suivantes doivent-elles assumer leur part de responsabilité et de quelle manière ? Peut-on accorder le pardon aux ……. de ces atrocités ?
La réussite du film tient en ce qu’elle pose toutes ces questions et qu’elle donne des pistes pour y réfléchir mais sans jamais y proposer des réponses faciles. Les altermoiements de Michael, dernier lien avec la société pour Hanna / sa rencontre avec une prisonnière juive rescapée du camp / ses échanges avec d’autres étudiants et avec son professeur de droit – nous exposent la complexité du sujet.

Pour ne parler que du jugement des criminels, je préfère les solutions mixant sanction et dialogue comme les comités de réconciliation proposés en Afrique du Sud. Premièrement car les victimes ont besoin d’une justice neutre et mesurée. Deuxièmement parce que les bourreaux quelques soient leurs atrocités sont aussi des hommes (récupérables ou pas) et que se comporter justement est une première étape pour leur montrer leur erreur. Enfin parce que je pense qu’il faut laisser aux victimes comme aux bourreaux un espoir : de transcender le passé pour le premier, de se racheter pour le second.

Bémol cependant au film : l’interprétation (ou plutot la direction) de Kate Winslet qui joue l’ex-gardienne de prison. Elle est parfaite quand elle joue le mystère, la froideur et l’incompréhension mais trop larmoyante lorsqu’elle joue l’émotion (surement ce qui lui a valu un Oscar). La direction du réalisateur nous oblige trop par ces scènes lacrimales à s’attacher à son personnage alors que l’amour que lui porte Michael nous y portait naturellement. tous les autres comédiens sont parfaits et mention spéciale au jeune Michael joué par David Kross.

Conseillé à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux génocides et leurs conséquences
Déconseillé à ceux qui n’aiment pas Kate Winslet nue, et qui préfèrent le dernier Marc Lévy à l’Odyssée

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