Glasnost

4 09 2016

A la lecture de Limonov d’Emmanuel Carrère, je suis tombé sur un passage qui m’a interpellé. Ce vrai personnage russe de roman quitte sa mère patrie pour l’Occident à la fin des années soixante-dix, avec une vision beaucoup plus contrastée du communisme que ces plus fameux détracteurs comme Soljenitsyne. Ce qui l’amènera ensuite à ne pas partager l’euphorie générale qui suivra la pérestroïka de Gorbatchev. Si l’écrivain dissident est retourné en Russie avec des velléités politiques  et la création d’un Parti National Bolchévique  fort peu recommandable à nos yeux d’occidentaux démocrates, son regard sur la Glasnost est intéressant. Pour lui, Gorbatchev a ouvert une boîte de Pandore qu’il n’a pas pu refermer.

Mais je ne suis pas là pour refaire l’histoire de la Russie ou paraphraser un excellent écrivain, ce qui m’a frappé c’est l’interprétation des conséquences de la transparence, vus par Limonov : chute de crédibilité et perte de contrôle du gouvernement qui aboutiront à l’effondrement du communisme.

La transparence, un risque pour les gouvernants, un bien pour les populations ?

Le risque avec ce sujet est la frontière ténue entre l’exigence justifiée d’honnêteté de la part de nos politiciens et le besoin de mettre tous les sujets sur la place publique. Oui bien-sûr, chaque élu doit être irréprochable du point de vue fiscal ou légal mais pourquoi rendre public les déclarations de revenus de nos ministres ? Est-ce que cela aidera la justice à mieux fonctionner, poussera les politiciens malhonnêtes à mieux se comporter ? J’en doute. Qu’il y ait un organisme indépendant en charge de contrôler leurs impôts mais aussi leur utilisation des budgets qui leur sont alloués me semble suffisant et c’est pour l’indépendance absolue de cet organisme que toutes les forces devraient être mises en commun. 

Edwy Plenel plutôt que Julian Assange

On parle aujourd’hui beaucoup des lanceurs d’alerte comme des justiciers des temps modernes. Je suis très sceptique sur le sujet. Autant je crois fermement dans le journalisme d’investigation permettant de faire sortir des cas comme celui de Cahuzac en France ou du Watergate aux Etats-Unis, autant les dégâts collatéraux causés par certaines leaks / fuites me laissent songeur. La révélation des mails de la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, en pleine campagne pour la présidence, sert-elle la démocratie, les intérêts de ses concurrents ou sa propre campagne ? Les exemples sont nombreux de situations où les fuites / révélations semblent avoir créé plus de dégâts que de bienfaits.

Des contre-exemples existent et mettre en exergue les méfaits de la transparence totale ne veut pas dire souhaiter un État totalitaire sans liberté d’opinion !

Je voudrais prendre un exemple et en profiter pour rendre un hommage appuyé à un des plus grands hommes politiques français de gauche du 20ème siècle, Michel Rocard. Celui-ci expliquait à merveille que pour réformer, il fallait négocier, trouver les compromis et cela, dans la plus grande discrétion pour éviter de brusquer les acteurs concernés par la réforme. Tous les grands traités internationaux se sont conclus à la sueur de négociations et de compromis pas toujours avouables. Que se serait-il passé par exemple si les tractations entre le gouvernement et les autonomistes canaques avaient été dévoilés par un Julian Assange en mal de justice et de notoriété ? On ne peut refaire l’histoire mais elles auraient probablement braqué les différents protagonistes et fait échouer ce qui est reconnu aujourd’hui par tous comme une sortie de crise inespérée.

Et puis que faire de la vérité ? Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, pas à tout le monde et encore moins dans toutes les occasions. Nous nous sommes tous retrouvés un jour devant un « devoir de mensonge » salvateur, c’est à la même question que se trouvent suspendus nos politiciens régulièrement. A eux de faire les bons choix, à nos sociétés d’avoir les bons signaux d’alarme. La séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et des médias, sont des piliers de la démocratie. La presse d’investigation et les lanceurs d’alerte sont des contre-pouvoirs essentiels de nos démocraties modernes. Mais la question pour ces acteurs de la transparence devrait toujours être le bien du plus grand nombre plutôt que de la vérité à tout prix, qu’elle qu’en soit ses conséquences.

Mais laissons un des plus grands philosophes du siècle dernier conclure … Il nous manque beaucoup en ce moment celui-là …. Alors plus blanc que blanc c’est transparent  ?

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Affaire Cahuzac : Un mal pour un bien ?

5 04 2013

Et voila qu’une nouvelle affaire arrose la vie politique. Le gouvernement en lequel je crois et qui a façonné une partie de sa campagne sur l’exemplarité des politiciens se retrouve plongé dans une affaire sordide, véritable coup de poignard alors que sa popularité était déjà au plus bas. Quel constat ? Et surtout quels enseignements et réflexions peut-on en tirer ?

En quelques mots seulement, un rapide historique des faits : par le biais de tiers puis d’une société tierce, Jérôme Cahuzac a détenu jusqu’en 2009 un compte chez UBS en Suisse qui lui a permis de détourner de l’argent qu’il aurait du déclarer au fisc français. Il a ensuite fermé ce compte et transféré l’argent vers un autre paradis fiscal, Singapour. Des 600.000 euros qu’il prétend avoir détourné du fisc français, nous ne savons pas à l’heure qu’il est s’ils sont issus de ses revenus en tant que chirurgien, en tant que conseiller pour des laboratoires pharmaceutiques ou issus d’autres opérations financières, l’affaire le dira probablement. Il semblerait qu’il y ait en outre un versant politique supplémentaire à l’affaire puisque Le Monde déclarait dans son édition du 3 avril 2013 qu’un proche de Marine Le Pen avait initialement ouvert le compte de Jérôme Cahuzac en Suisse. Blanchiment de Fraude fiscale avéré, mensonge face à toute l’Assemblée Nationale, au gouvernement, à la charte qu’il a signé en tant que ministre, collusion possible entre ses fonctions de conseiller pour laboratoires et ses fonctions sous le cabinet ministériel de Claude Evin, accointances avec le FN .. cela fait beaucoup pour un seul homme qui plus est celui en charge du Budget de la France ! Même le meilleur scénariste de série américaine n’aurait pas osé en écrire autant … pas crédible lui auraient rétorqué les producteurs. Rien ne sert donc de tirer desormais sur l’ambulance au seul moment où, il est vrai poussé dans ses retranchements, l’homme a décidé d’avouer ses torts.
La justice fera je l’espère son travail de manière exemplaire … les politiciens en tireront bien-sur les enseignements nécessaires … et les médias éviteront tous les raccourcis et les jugements à l’emporte pièce … Non, si cet affreux scandale politique doit avoir au moins une utilité politique, il est bien sur le fonctionnement de nos institutions, de l’in(ter)dépendance des trois grands pouvoirs judiciaire, exécutif et législatif auquel on ne peut desormais soustraire les deux pouvoirs médiatique et du monde des affaires. Alors, à défaut d’une analyse construite, quelques pistes de réflexion :

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Dessin Pascal Elie

Sur le Parti Socialiste, les politiciens, le gouvernement et l’image qu’ils véhiculent

1) Pour le Parti Socialiste et le gouvernement, c’est indéniablement un énorme coup de massue. Le pays est en crise economique, le niveau de chômage très élevé, on demande à toutes les catégories de la population de faire des efforts importants et on en demande plus, à juste titre, aux catégories les plus aisées. On imagine aisément les différents raisonnements : les cyniques/tricheurs : « le ministre du Budget nous a entubés, pourquoi pas nous aussi« , les désespérés de la politique/partisans du tous pourris : «  Comment croire à qui que ce soit quand au plus haut niveau de l’Etat on nous ment éhontément« , et même les Don Quichotte idéalistes :  » Merci Monsieur Cahuzac, Monsieur Strauss Kahn, Monsieur Guerini, Monsieur Chirac, Monsieur Tiberi, Monsieur Woerth et consorts, je crois encore en la politique mais comment voulez-vous que je convainque mon entourage après toutes ces affaires. »

2) A court terme, c’est malheureusement une bille de plus pour le Front National de Marine Le Pen et lorsqu’on entend certains espérer qu’une affaire touche rapidement l’entourage de celle-ci, on se désole de constater comme les gens raisonnent à l’envers. Les réactions de bon nombre de cadres de  l’UMP sont à ce titre assez pitoyables. Les mêmes qui se scandalisent (à tort) que la justice puisse enquêter sur l’ex-candidat Sarkozy et ses relations avec Mme Bettencourt se substituent une seconde fois à la justice (à nouveau à tort) pour déclarer que le président Hollande, son premier ministre Ayrault et le ministre de l’économie Moscovici, savaient ou étaient des incompétents. Certains diront cyniquement qu’ils font leur travail d’opposants (et certains au PS auraient probablement fait de même malheureusement), je n’en fais pas partie et je crois que les politiciens devraient passer plus de temps a trouver des solutions systémiques qu’à se taper dessus.

3) A ceux qui disent que François Hollande aurait du savoir, on a aussi le droit de s’interroger sur les sources qui ont dévoilé l’enregistrement. Si Mediapart a fait son travail et se doit de protéger ses sources, qu’en est-il des personnes qui ont eu cet enregistrement entre leurs mains, bien avant les élections en 2012 ? Jérôme Cahuzac a commis une double faute grave et impardonnable, la fraude et le déni, on l’a déjà dit. Mais pourquoi cette affaire n’a-t-elle pas été apportée avant à la justice, l’enregistrement sonore datant de plus de 12 ans ? Et si oui, qu’en a-t-elle fait ?  Ce sont des questions que la justice devra absolument élucider durant le procès car elles touchent à la probité d’autres personnes, Michel Gonelle et Jean-Louis Bruguiere les premiers.

4) Sur la corruption des politiciens : j’exècre le discours du tous pourris. Bien-sur, il n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui. Et bien malin qui pourrait dire la proportion d’hommes et femmes politiques honnêtes. Pour ma part, je reste persuadé que  la volonté de changer les choses, de servir l’État et d’aider ses concitoyens selon ses convictions font partie des moteurs essentiels de la carrière d’un politicien. Si des motivations moins altruistes comme l’ambition et le pouvoir sont bien évidemment présentes (et utiles), elles ne sont pas antinomiques avec l’honnêteté. De nombreux libéraux affirment que la corruption est constitutive d’un trop grand poids de l’État. En d’autres mots, plus il y a de règles, plus on souhaite y échapper. Je crois personnellement que c’est un raisonnement vicié et qu’un cadre, s’il est suffisamment équilibré pour être compris de tous, apporte plus de justice.  Et je ne crois pas non plus, du moins pas totalement à l’assertion de Frank Herbert : « Tous les gouvernements sont affligés d’un grave problème chronique ; le pouvoir exerce une grande attraction sur les natures pathologiques. Ce n’est pas tant que le pouvoir corrompt, mais il fascine les sujets corruptibles. » Si c’est peut-etre vrai d’une minorité de politiciens, c’est , je crois, plutôt leur confrontation fréquente avec la corruption, que leur nature intrinsèque qui en font des hommes corrompus. Par ailleurs, La corruption touche les élus comme les autres professions mais les conséquences sont plus dévastatrices car elles ont un impact médiatique, symbolique et direct sur les concitoyens qui se sentent trompés (car ils sont en droit d’exiger cette exemplarité).

La corruption est une faiblesse humaine contre laquelle nous sommes tous amenés à lutter personnellement. Dès tout petit, depuis l’origine des temps si l’on se réfère aux mythes religieux, l’homme est tenté d’enfreindre les règles, les lois. C’est pour cela que des lois et une répression doit s’exercer de manière efficace. Prenons un exemple contemporain qui illustre cette problématique. La plupart des citoyens n’ont jamais volé dans un magasin ou peut-être par esprit de contradiction ou de rébellion pendant l’adolescence. En revanche, si vous sondez votre entourage sur le téléchargement illégal de musique ou de film, les chiffres vont être inversement proportionnels. Est-ce parce que l’offre est trop chère ou limitée, peut-être un peu … mais la principale raison est qu’il est très facile de télécharger illégalement et que l’internaute ne ressent aucun risque devant cette fraude. Portant il s’agit d’un vol tout aussi grave qu’un vol de bouteille dans un supermarché ou de bijou dans un magasin. Le politicien fraudeur est cet internaute qui a l’impression qu’il pourra passer aisément entre les mailles du filet.

Si de par son pouvoir, les tentations sont fréquentes, le risque de se faire prendre et la sévérité des peines ne sont pas assez dissuasifs. Sur ce dernier point, j’ai deux exemples en tête. 1) Le permis à points, je suis le premier à jongler avec ma vitesse sur l’autoroute selon les points qu’il me reste sur mon permis, c’est probablement stupide mais cela fait partie de la nature humaine. 2) Le dopage dans le sport. La prévention, la recherche, le suivi longitudinal sont bien-sur des moyens de lutte contre le dopage mais si la sévérité des peines augmente, la prise de risque des sportifs fraudeurs diminuera aussi proportionnellement.

Il s’agit donc d’édicter de nouvelles règles du jeu et non pas de moraliser vainement quelque population que ce soit. L’exécutif, avec le parlement et l’appui de la justice doivent travailler, hors effet d’annonce, sur deux pistes : une exigence de transparence (un équivalent du suivi longitudinal dans le sport qui quoi qu’en pensent les blasés a fait du bien au cyclisme français) et un éventail de sanctions plus dissuasives en fonction des fraudes. En ce sens, la déclaration de François Hollande du mercredi 3 avril va, je crois, dans le bon sens même si elle ne constitue qu’un seul petit pas. Sans être un expert en collectivités territoriales, et conscient que cela constitue un chantier complexe, il me parait aussi être du bon sens que d’en supprimer un échelon, probablement les départements : outre les économies que cela pourrait constituer, cela réduirait de fait les affaires qui touchent les collectivités locales. Enfin, le gouvernement doit s’atteler à mettre en œuvre une loi pour le non cumul des mandats et réfléchir à un meilleur cloisonnement entre secteur privé et public (que de politiciens, anciennement avocats, que d’ex-ministres, devenus conseillers dans leur domaine de prédilection. Il ne s’agit pas d’interdire mais de réfléchir à comment limiter les effets de collusion ).

Sur les médias et la politique

1) On a beaucoup glosé lors de ce feuilleton médiatico-politique  sur le rôle des journalismes et on a voulu opposer deux camps : celui du journalisme d’investigation incarné par Edwy Plenel et son site Mediapart, révélateur de l’affaire, et celui des médias défendant la présomption d’innocence incarné par Jean-Michel Apathie. Si deux tendances s’affrontaient, il est amusant de constater que tous ceux qui exigeaient de Mediapart de fournir des preuves plus concrètes, Le Monde par exemple, sont ceux-la même qui tirent desormais sur l’ambulance en sortant aujourd’hui une affaire sur les relations entre Jérôme Cahuzac et des membres de l’extrême droite. En effet, on ne pourra s’empêcher de sourire ou plutôt de rire jaune à l’empressement de cette presse à desormais accabler l’homme à terre. Sans sombrer dans la théorie nauséabonde du complot médiatico-politique, comment ne pas croire, soit que les journalistes ont été empêchés de révéler certaines informations, soit, à tout le moins, que le timing est particulièrement racoleur. Mais comme le dit très bien Bruno Roger-Petit sur son blog, il ne s’agit surtout pas, maintenant que l’affaire a été déflorée, de dresser Edwy Plenel comme un héraut du journalisme indépendant et Apathie comme un symbole de la collusion entre médias et politiciens. Bruno Roger-Petit a raison quand il dit : « D’une interrogation légitime au sujet des méthodes de Mediapart, on arrive à un débat falsifié : « Plenel ou Aphatie, choisissez votre camp ? », et c’est bien là le drame. Personnalisation du débat, hystérisation du dialogue, et la raison qui abandonne les uns et les autres, les seconds faisant dire aux premiers ce qu’ils n’ont pas dit, et réciproquement. Et pourtant ! On persiste ici à dire que les méthodes de Mediapart doivent être questionnées et interrogées. Trop souvent en effet, Edwy Plenel et son successeur désigné, Fabrice Arfi, donnent l’impression d’user plus de supputations débouchant sur une information que d’affirmations reposant sur une investigation. »

2) Une fois de plus, plutôt que de s’interroger calmement sur les méthodes de la presse, on préfère lancer un débat dénué de nuances. Personnellement, la voix idéale me parait difficile à trouver. Le journalisme d’investigation est nécessaire mais il se doit d’être très prudent quant à ses révélations quand on sait les conséquences sur la carrière d’un politicien  de rumeurs infondés ou tout simplement de faits non avérés. S’il est sain dans une démocratie qu’un journalisme d’investigation puisse exister, il se doit au même titre que les politiciens d’être au-dessus de tout soupçon et d’avoir la même exigence pour ses méthodes que vis-a-vis des fraudes qu’il dénonce.

3) Par ailleurs le journalisme ne peut se substituer à la justice et c’est une dérive d’Edwy Plenel. Il s’en défend bien sur mais se contredit lorsqu’il écrit, au nom de Mediapart, au Procureur de la République pour, de ses propres mots « expliquer pourquoi les informations que nous avons révélées devraient faire l’objet d’une enquête judiciaire indépendante, dans l’intérêt de la manifestation de la vérité« . Il signale même dans cette lettre qu’il a saisi également la Garde des Sceaux … quoi, Edwy Plenel sous-entend que l’exécutif pourrait s’immiscer dans la justice ? Il ne s’agit pas ici de critiquer l’enquête d’Edwy Plenel mais bien de son utilisation a posteriori. Edwy Plenel n’est plus dans son rôle lorsqu’il exige l’ouverture d’une enquête. La Justice le fera si elle l’estime nécessaire suite aux révélations.  Les Medias ne peuvent et ne doivent pas se substituer à la justice. La Justice, quant à elle, ne devrait pas utiliser les médias comme elle le fait régulièrement pour attaquer les politiciens. Car, a ce jeu du je te tiens tu me tiens par la barbichette, on comprend bien que chacun y perd de son indépendance, pourtant défendue à cor et à cri.

Sur notre démocratie

Il y a deux manières de voir cette affaire Cahuzac, quant à ce qu’elle dit sur notre démocratie.

La première, c’est le verre à moitié vide : une affaire de plus qui touche nos politiciens. La démocratie va mal et nos concitoyens ne font plus aucune confiance dans nos politiciens. Le verre à moitié plein : c’est constater que notre démocratie ne va pas si mal, qui est capable, en quelques mois, d’évacuer pour raison légitime, une des personnes appartenant aux plus hautes sphères de l’État. Si l’on retrace l’historique, un journal d’investigation a dévoilé une affaire grave, la justice s’en est emparée, la personne mise en examen a alors été immédiatement démise de ses fonctions puis elle a avoué. Reste à voir la peine qu’encourra Jérôme Cahuzac mais ce timing, si tant est que de nouvelles révélations ne touchent pas l’entourage du Président et des ministres, me parait plutôt « démocratique. »

Sur la fiscalité, les paradis fiscaux et la transparence bancaire

1) Il faut combattre plus efficacement les paradis fiscaux, un des fléaux de nos temps modernes. De même que l’harmonisation fiscale est une des conditions sine qua non pour la survie de l’Europe (on a beau jeu de critiquer l’Allemagne et l’UE sur la situation à Chypre mais la vraie problématique est que l’on ne peut pas accepter de tels écarts de politique fiscale au sein de l’UE, sauf à créer des zones franches qui bénéficient à des industries et non pas à des particuliers fortunes qui veulent payer moins d’impôts), une véritable lutte contre les paradis discaux doit être menée. Malgré les beaux discours depuis la crise financière de 2008, trop peu d’actions ont été menées par le G20. Mais avec les lobbys énormes des banques, des grosses sociétés et des fortunes qui sont impliquées, on comprend aisément que la majeure partie des pays du G20 ont peur de se tirer une balle dans le pied.  C’est au prix de courage politique mais aussi de compromis que ce combat peut avoir une chance d’être gagné, pas avec des effets d’annonce.

2) Cette affaire montre également que les lois sur le secret bancaire doivent être encore améliorées même si elles ont été modifiées ces dernières années. Lorsque l’on sait les sommes détournées tous les ans des impôts, en France ou ailleurs, que les États puissent avoir les moyens d’enquêter sur les sources et les détenteurs des comptes bancaires ouverts à l’étranger avec une meilleure transparence des organismes financiers parait indispensable aujourd’hui, bien évidemment dans un cadre strictement défini pour préserver les libertés individuelles.

Soyons optimiste et voyons dans cette grave crise politique une occasion de remettre à plat une partie du système. François Hollande n’a jamais été aussi affaibli et, paradoxalement, personne ne pourra l’empêcher aujourd’hui de prendre des mesures fortes et justes pour obliger à l’exemplarité les politiciens et pour améliorer nos institutions. Espérons qu’il saisira cette unique opportunité. Dos au mur, s’il recule, ce n’est pas seulement lui mais un pan de la République exemplaire qu’il défend qu’il fera tomber.





Nouveaux Medias de l’Immédiateté : Suppo « R » ts de Satan des Politiciens et des Terroristes

24 09 2010

Les attentats du 11 septembre 2001 ont ébranlé le monde par leur violence inouïe et ont marqué une nouvelle ère dans le terrorisme. C’était il y a déjà 9 ans. Ce qui a marqué, au delà du nombre de morts et de la portée symbolique des bâtiments visés, c’est la vitesse à laquelle l’information a été propagée. Avant même que la seconde tour du World Trade Center ne s’écroule, des millions de personnes étaient déjà rivées sur Internet pour essayer de suivre et comprendre ce qui était en train de se passer.
Les terroristes de tous bords – comme les politiques et tous les communicants et vendeurs de cette planète – ont bien intégré la puissance des médias globaux et immédiats comme la télévision et encore plus internet. Ils donnent à leur action une portée exponentielle et il est à ce titre intéressant de se demander quelle est l’intrication entre terroristes, politiciens et ces supports à travers deux exemples récents :

Une controverse est née il y a quelques mois aux États-Unis autour de l’édification possible d’une mosquée près des ruines de Ground Zero. Pour un récapitulatif succinct mais objectif : C’est au départ le maire de la ville de New York, Michael Bloomberg, qui, suite à une décision unanime de la municipalité, a levé début aout les principaux obstacles légaux à la construction de cette mosquée et de ce centre islamique. Rappelons pour ceux qui ne le sauraient pas que Michael Bloomberg est juif et républicain et qu’il a encore récemment affirmé son soutien au gouvernement israélien, cela pour dire que l’on ne peut pas le complimenter ou le taxer de gauchiste idéaliste (choisissez la mention que vous préférez). Mais son discours prononcé le 3 aout est un prototype de ce que les États-Unis en tant que nation (je ne parle pas de nombreux épisodes/gouvernements regrettables qui ont jalonné leur histoire mais nous avons tous les nôtres) ont toujours prôné vis à vis de la religion et de l’individu : liberté de penser, liberté d’expression, liberté de culte. Vint ensuite se greffer à cette déclaration un discours attendu d’Obama le 13 août, lors du ramadan. Je vous en donne ici un court extrait :

The 9/11 attacks were a deeply traumatic event for our country. And the pain and the experience of suffering by those who lost loved ones is just unimaginable. So I understand the emotions that this issue engenders. And Ground Zero is, indeed, hallowed ground.

But let me be clear. As a citizen, and as President, I believe that Muslims have the same right to practice their religion as everyone else in this country. And that includes the right to build a place of worship and a community center on private property in Lower Manhattan, in accordance with local laws and ordinances. This is America. And our commitment to religious freedom must be unshakeable. The principle that people of all faiths are welcome in this country and that they will not be treated differently by their government is essential to who we are. The writ of the Founders must endure.

Il exprime alors en d’autres termes les mêmes idées que Michael Bloomberg, celles de la liberté de culte et du respect de la propriété privée et, comme lui, y ajoute que le projet devra bien-sûr être suivi de près afin qu’il soit l’occasion d’une meilleure connaissance de l’Islam plutôt qu’un prétexte à oppositions ou altercations.
Que n’a-t-il pas dit …. journaux et politiciens républicains (Sarah Palin en tête) voire certains démocrates lui sont tombés dessus en accusant cette position, au mieux de démagogie vis-à-vis des gouvernements musulmans, au pire d’irrespect pour les morts et les familles des victimes du 11 septembre 2001. L’épiphénomène de ce feuilleton médiatique arrive avec la déclaration d’un pasteur floridien azimuté et extrémiste (avec un révolver posé en évidence sur son bureau tout de même …), annonçant l’autodafé d’un Coran le 11 septembre 2010 si le projet n’était pas enterré. Il a finalement renoncé à son geste mais cela n’a pas empêché des manifestations dans de nombreux pays musulmans.
Voilà, vous avez toute ou partie de l’histoire … mais, en dehors de l’opinion que vous puissiez avoir sur la question de l’édification de cette mosquée, ce qui pose question est cette vitesse de propagation d’une information pas importante en soi (il existe des excités partout et bruler un livre, religieux ou pas, ne représente pas un délit) mais dont la réception commentée et/ou déformée peut avoir des répercussions géopolitiques graves.

Ce pasteur a pu via internet proférer ses menaces d’autodafé et il aurait pu mettre en scène son acte et le mettre en ligne de telle sorte que dans les minutes qui auraient suivi, la vidéo aurait fait le tour du monde sur la toile, sans compter les nombreuse chaines qui auraient décidé de montrer les images ou de véhiculer l’information, cherchant avant tout l’audimat. En outre, ce n’est bien sûr pas le discours d’Obama ou de Bloomberg que vous aurez majoritairement vu ou entendu sur les chaînes de télévision, ce sont bien sûr les discours de ce pasteur floridien dont personne n’aurait rien à cirer sans la magnifique invention qu’est Internet.

Entendons-nous bien : je ne suis pas un réactionnaire regrettant le télégraphe que je n’ai jamais connu ! Je suis d’ailleurs ici le premier à mettre en ligne mes réflexions et à me servir de cette source infinie d’informations qu’est Internet. Non, ce qui m’inquiète : c’est la puissance et l’absence de contrôle de ces nouveaux médias. Ce qui m’inquiète, c’est l’absence de filtre à recevoir de l’information ou de la désinformation via Internet. Ce qui m’inquiète c’est l’obligation des journalistes web / télé ou des quotidiens à traiter l’information par la biais du sensationnel et du voyeurisme plutôt que via l’analyse. Bien-sûr ce sont aussi ces médias qui permettent à des dissidents de nombreuses dictatures de passer à travers les mailles de leurs gouvernements et de nous transmettre plus vite la vérité. Mais quelle arme à double tranchant … et ce deuxième exemple en est une bonne illustration :

L’enlèvement et tous les événements qui ont pu se dérouler avant, pendant et après la libération d’Ingrid Betancourt relèvent du pouvoir des médias et de leur utilisation par tous les acteurs de ce drame.
Je vous éviterai ici la chronologie des faits trop nombreux et complexes. Pour les courageux ou les curieux, la principale intéressée vient de sortir un livre de 700 pages, récit de sa captivité et, que l’on éprouve antipathie et/ou compassion pour le personnage ( dur d’éprouver de la sympathie en tout cas), le livre, si j’en crois certains critiques, présente en tout cas l’intérêt d’être un témoignage assez unique sur ce type de captivité.
Ce qui m’intéresse ici, c’est donc l’utilisation des médias par tous les protagonistes jusqu’à Ingrid Betancourt elle-même :

– Les FARC se sont bien sûr servis de la notoriété de leur otage, notamment vis-à-vis du gouvernement français qui fut prêt à un stade des négociations à accepter sur son sol des membres de leur organisation en tant que réfugiés politiques.
– Le gouvernement colombien (dont il faut rappeler qu’Ingrid Betancourt était une opposante au moment de son enlèvement en 2002, reconnue à l’étranger mais peu en Colombie, elle était alors créditée d’à peine 1% des intentions de vote) : Alvaro Uribe, longtemps gêné par la notoriété de cette otage à l’étranger, notamment en France, a finalement récolté une belle popularité, tant dans son pays qu’à l’étranger, via l’opération réussie pour sa libération et celle de 14 autres otages.
– Le gouvernement Français (de Villepin à Sarkozy), bien relayé par les médias et les people (d’Ardisson à Renaud) en a fait une priorité dans sa politique extérieure, quitte à mettre à mal ses relations diplomatiques avec plusieurs pays. Il s’est bien-sûr attribuer une belle part du gâteau dans sa libération alors qu’il avait essuyé fiasco sur fiasco et que la libération elle-même ne doit rien à la diplomatie française. Je suis par ailleurs peu étonné mais tout de même choqué de voir l’énormité des moyens mis en œuvre pour la libération d’une seule personne, sous prétexte de sa notoriété et de sa proximité avec des politiciens (Ingrid Betancourt est la belle-soeur de l’ambassadeur Français en Colombie de l’époque et une amie proche de Villepin) quand d’autres continuent à subir le même sort mais ne jouissent du même intérêt médiatique.
– Et Ingrid Betancourt, qui, si elle a subi les pires atrocités et des traitements inhumains que l’on ne peut souhaiter à personne sur cette planète, n’en reste pas moins une communicante experte dans l’art d’utiliser les médias à ses propres fins.

Bref, cette histoire glauque à tous les échelons, dénote, en plus de ce pouvoir de transmission de l’information (les FARC, et même Ingrid Betancourt via son poste radio, recevaient en temps réel les infos nécessaires au fin fond de la jungle et pouvaient faire de même), de la guerre de l’information que peuvent se livrer politiciens, terroristes et autres protagonistes, à des fins populistes ou électoralistes, et cela avec l’aval inconscient de cette machine incontrôlable et inarrêtable à régurgiter tous les contenus.

Mais pour finir avec une note plus positive, force est de constater qu’a contrario les populations, plus elles sont habituées à ces nouveaux médias, plus elles agissent tels des petits journalistes à leur échelon : Elles interprètent les informations, elles filtrent (en démultipliant les sources) et elles réagissent à leur tour en véhiculant leurs opinions via blogs et forums comme je m’efforce de le faire ici.





Eloge de la culture

24 09 2009

Sous les recommandations d’un oncle avec qui je partage certaines interrogations et ambiguïtés (comment concilier au mieux par exemple notre vie « luxueuse » avec l’envie de partager), j’ai lu le dernier essai d’Amin Maalouf, Le dérèglement du monde, et je le remercie beaucoup pour le conseil. C’est, à l’inverse de Régis Debray (qui vous apprend plein de choses mais en vous faisant sentir ignare), un formidable vulgarisateur qui sait résumer avec des phrases simples des idées/situations complexes. Souvent vous vous dîtes pendant la lecture « mais c’est exactement ce que je pense », le hic c’est que vous n’auriez jamais su l’écrire ! A titre de comparaison c’est un peu comme Bernard Guetta sur France Inter avec ses chroniques du matin qui résument en 3 minutes la situation géopolitique d’un pays. Essayez un jour de paraphraser ce qu’il vient d’énoncer, c’est un bon exercice de rhétorique !

Plutôt donc que de vous faire subir ma prose aujourd’hui, je vais faire quelque chose d’à moitié interdit mais que l’auteur, je l’espère, ne me reprocherait pas : Extraire 2-3 pages de son livre qui résument pour moi une des priorités essentielles pour l’humanité dans les années à venir (désolé pour les écolos, je ne vais pas parler ici du réchauffement climatique!).

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Qu’un écrivain, ou toute autre personne travaillant dans le domaine de la culture, veuille prôner une échelle de valeurs fondée sur la culture, cela semble un peu trop prévisible, et peut prêter à sourire. Mais c’est parce qu’il ya un malentendu sur la signification des mots.
Considérer la culture comme un domaine parmi d’autres, ou comme moyen d’agrémenter la vie pour une certaine catégorie de personnes, c' »est se tromper de siècle, c’est se tromper de millénaire. Aujourd’hui le rôle de la culture est de fournir à nos contemporains les outils intellectuels et moraux qui permettront de survivre – rien de moins.
Ces dizaines d’années additionnelles dont la médecine nous fait cadeau, comment allons nous les meubler ? Nous sommes de plus en plus nombreux à vivre plus longtemps, et mieux; forcément guettés par l’ennui, par la peur du vide, forcément tentés d’y échapper par une frénésie consommatrice. Si nous ne souhaitons pas épuiser très vite les ressources de la planète, il nous faudra privilégier autant que possible d’autres formes de satisfaction, d’autres sources de plaisir, notamment l’acquisition du savoir et le développement d’une vie intérieure épanouissante.
Il ne s’agit pas de s’imposer des privations, ni de s’installer dans l’ascèse (ouf !!!!!!!). Je suis, pour ma part, un fervent épicurien, t toutes les prohibitions m’irritent. Nous continuerons fort heureusement à user des nourritures terrestres, et souvent à en abuser – je ne jetterai à personne la première pierre (heureusement parce que j’aurai reçu des rochers personnellement). Mais si nous désirons profiter longtemps et pleinement de ce que la vie nous offre, nous sommes contraints de modifier nos comportements. Non pour réduire notre palette de sensations, mais au contraire pour l’élargir, pour la réhausser, pour chercher d’autres satisfactions, qui pourraient se révéler intenses.
Ne distingue-ton pas, s’agissant des sources d’énergie, entre le fossile, qui s’épuise et pollue, et le renouvelable, tel le solaire, l’éolien ou le géothermique, qui ne s’épuise pas ? On pourrait introduire une distinction similaire en parlant de notre mode de vie. Les besoins et les plaisirs de l’existence, nous pouvons chercher à les satisfaire en consommant davantage, ce qui pèsera sur les ressources de la planète, et suscitera des tensions destructrices. mais privilégiant l’apprentissage à tous les âges de la vie, en encourageant nos contemporains à étudier des langues, à se passionner pour les disciplines artistiques, à se familiariser avec les dierses sciences, afin qu’ils soient capables d’apprécier la signification d’une découverte en biologie, ou en astrophysique. La connaissance est un univers incommensurable, nous pourrions tous y puiser sans retenue, notre vie entière, nous ne l’épuiserions pas. Mieux encore, : plus nous y puiserons, moins nous épuiserons la planète.
C’est déjà là une raison suffisante pour considérer la culture comme une discipline de survie Mais ce n’est pas la seule raison. Il y en a une autre, tout aussi fondamentale, et qui justifierait à elle seule que l’on place la culture au centre de notre échelle de valeurs. Il s’agit de la manière dont elle peut nous aider à gérer la diversité humaine.

La suite est du même tenant. Le livre est passionnant et traite beaucoup de l’affrontement Islam/États-Unis mais de manière bien plus fine que ce que l’on a l’habitude d’entendre. L’auteur, libanais expatrié en France, est athée mais pas « athégriste », loin de là. De par son érudition et l’histoire de son pays, il a appris à se méfier des vérités de chaque camp et ne prône pour aucune paroisse si ce n’est pour celle de la connaissance. Je vous le recommande donc vivement !

A conseiller à tous les passionnés d’histoire contemporaine et à tous les autres, ce livre devrait même être donné à lire au Lycée je trouve
A déconseiller à tous ceux qui réduisent américains à crétins et arabes à terroristes (encore que c’est peut-être ceux là qui en auraient le plus besoin)





Un candide en terre sainte

15 05 2009

Debray
Actuellement en pleine lecture d’un essai de Régis Debray, Un candide en terre sainte, je bataille il est vrai pour suivre l’érudition de l’auteur : c’est d’ailleurs une double gymnastique que m’impose cette lecture, de l’esprit mais aussi des biceps car je me vois contraint de soulever mon dictionnaire à chaque mot inconnu ou notion mal maitrisée, c’est à dire très souvent !

L’idée originale de l’auteur est de suivre l’itinéraire supposé de Jésus et de profiter de ce prétexte pour aller à la rencontre des habitants de cette région du globe, à la croisée des trois grandes religions monothéistes. Et cela s’avère souvent passionnant !

Mais outre l’idée de vous faire partager cette lecture, c’est un des thèmes principaux du livre qui m’intéresse ici. Comment réagir à la montée de l’Islam radical, autrement que par les jugements péremptoires et les rejets de l’extrêmisme religieux. Car, est-ce en affirmant les banalités rebâchées sur la dangerosité de cet intégrisme que nous avons une chance de progresser ?

Tout l’intérêt du livre repose dans le fait que l’auteur s’efforce avec tous ses interlocuteurs de gommer au maximum ses a priori d’occidental formaté. Son but est d’écouter et de débattre (quand il le peut !), qu’il soit face à un membre de la confrérie des Frères Musulmans ou à un haut dignitaire du hezbollah, qu’il soit face à un colon israélien ou face à un pretre orthodoxe de Jérusalem ….

Alors, bien sûr face à des interlocuteurs qui manient souvent brillament l’art de la réthorique, il s’agit parfois de leur opposer des faits ou des opinions différentes pour tester leur propre propension à l’ouverture et à l’écoute mais j’en viens aux conclusions suivantes :

ECOUTER – On aime de plus en plus à diaboliser des catégories, des communautés plutôt qu’à tenter le dialogue avec elles. Le symbole le plus cuisant en est notre cher actuel président qui excelle dans cet exercice : des banlieues à nettoyer au karcher, a la France de ceux qui se lèvent tôt, aux affreux patrons avec leurs stocks-options, il ne loupe pas une occasion d’engendrer les animosités pour servir ses réformes et d’asséner des jugements moraux plus ou moins explicites.
Pour parler d’un autre président, je suis persuadé, sans entrer dans un « Obamisme » bêtifiant, que le nouveau président des Etats-Unis, pour ne citer que 2 exemples, a raison quand il souhaite ouvrir le dialogue avec l’Iran et est sage de condamner et supprimer Guantanamo tout en souhaitant éviter la publication publique des photos de torture.
Par ailleurs, un bénéfice supplémentaire de l’écoute est qu’il supprime justement la possibilité aux extrêmistes de tous bords de se placer comme martyrs et qui auront tout loisir alors de désigner à leur tour leurs « opposants » comme obscurantistes ! C’est l’éternel débat du « faut-il diaboliser Le Pen », ma réponse, vous l’aurez compris, est non.

– Deux professeurs d’histoire-géo m’ont enseigné une notion capitale. Dis par l’un « Toujours se replacer dans le contexte« , racontée par l’autre via une anécdote : alors qu’elle enseignait à des élèves d’un lycée international, elle s’était retrouvée prise au dépourvu quant, parlant de la « défaite de Waterloo », le lycéen lui avait rétorqué avec le sourire, mais de quelle défaite parlez-vous ?

Nous avons la chance en France de connaître une liberté d’expression que nous envient beaucoup d’intellectuels à travers le monde. Mais servons nous-en non pas comme un étendard mais plutôt comme une occasion de communiquer avec humilité. Chacun est détenteur de sa vérité, alors forçons-nous à écouter celle des autres. La chance supplémentaire de pays comme le nôtre est de ne pas être touchée directement par la guerre ou les bombardements qui touchent tant de populations au Moyen-Orient, alors plutôt que de parler sans-cesse de la montée de l’islamisme radical, mettons en avant les partisans d’un Islam modéré, encourageons par exemple la Turquie à entrer dans l’Europe, elle qui est à mi-chemin entre l’Europe et l’Arabie et qui est capable de comprendre les deux cultures plutôt que de cibler chaque atteinte à la démocratie de son gouvernement islamique actuel.

De tolérance, il en était d’ailleurs question quand j’ai assisté, à l’occasion du jour de l’Europe, à un débat entre le ministre des affaires étrangères singapourien et les ambassadeurs européens. Tout en couvrant de louanges la construction européenne, modèle à ses yeux pour l’ASEAN, et tout en respectant la liberté de la presse en Europe, Tommy Koh n’a pas hésité à la fin de son discours à exprimer certains voeux « politically incorrect » et notamment celui de voir les Européens respecter plus les musulmans déclenchant une levée de réactions des différents ambassadeurs. Il faisait notamment allusion aux caricatures parues dans les journaux danois, synonymes pour lui d’offense aux croyants musulmans. Il est intéressant de constater que le ministre des affaires étrangères d’un pays, non démocratique mais laïque, se définissant lui-même comme agnostique, éprouve ce ressentiment vis-à-vis des Européens. Je ne suis pas en train de dire qu’il auurait fallu interdire ces caricatures mais cela pose la question de la différence de perceptions et du dialogue nécessaire.

Je laisserai à Théodore Monod le mot de la fin : « Ce qu’il faudrait, c’est toujours concéder à son prochain une parcelle de vérité »





Soldes sur le Monopoly : sauvons le capitalisme !

5 05 2009

MonopolyO stupeur, o tremblements lors d’une de mes dernières tribulations dans un des innombrables malls de Singapour … vous croirez que cette photo est truquée mais non, c’est bien un Monopoly, peut-etre le jeu de société le plus populaire au monde, symbole par excellence du capitalisme sans merci, du matérialisme et de l’invidualisme qui se retrouve bradé à -20% dans le centre commercial d’un des pays qui arbore le plus fièrement ses valeurs … mais où va donc le capitalisme ?

Je me dois donc de réagir malgré mes connaissances très limitées sur les mécanismes macro-économiques et financiers. C’est l’idée de ce blog, : partager mes impressions sur tous les sujets qui me touchent. Première chose en passant, je trouve assez horripilante la chasse aux sorcières effectuée en ce moment contre les grands patrons ou banquiers de tous bords.

Primo, l’acharnemement systématique sur une catégorie de personnes a tendance à me hérisser le poil tant elle tient de l’instinct grégaire des media,

Deuxio, il semble que beaucoup se réveillent maintenant alors que ces dérives d’un capitalisme industriel vers un capitalisme financier ne datent pas d’hier. Je me souviens avoir naivement défendu dans des conversations il y a plus de 10 ans de cela le fait que les ratios entre les patrons les mieux payés et les employés au smig étaient délirant et ne répondaient plus à aucune logique et c’est tout juste si on ne me traitait pas alors de communiste, en me servant toujours la meme rengaine « avec les responsabilités qui lui sont imparties, il est normal que le cadre gagne ces sommes » ou « ce n’est pas en réduisant les salaires de cette infime minorité que l’on résoudra les problèmes », pas tous les problèmes certes …

Tertio, je pense que ce ne sont pas les hommes qu’il faut incriminer mais plutot le système, la cupidité touche la plupart d’entre nous à différents niveaux, le tout est de trouver un système le plus juste possible pour nous en éloigner.

Alors voilà, en toute humilité et sur ce sujet o combien compliqué, je voudrais lancer les pistes de réflexion suivantes :

1- L’homme est par essence individualiste (moi le premier j’aime mon confort et je pense à moi et à ma famille en premier) meme s’il est dans le meme temps naturellement destiné à vivre en groupe. On ne pourra jamais l’empecher de vouloir toujours plus et pour une personne prete a partager, il y en ra toujours 10 pretes à toutes les combines pour s’accaparer le gros du magot. Sans tomber dans le communisme qui est probablement un bel idéal mais comme tout idéal dangereux et poussant aux extrêmes, pourquoi ne pas essayer d’introduire plus de garde-fous. Par exemple, au dela de 10 fois le salaire d’un employé, imposer les cadres ou pdg à 80% de leur salaire. Je sais que cela parait aujoud’hui irréalisable et à l’encontre des règles du libéralisme, mais sur le fond, est-ce vraiment choquant de demander à une personne de restreindre son salaire au delà de 15 000€/mois … et travailler dans une vision long terme à une harmonisation et, surtout, une simplification de la fiscalité, tous ces débats sur la France qui impose trop ses sociétés ou ses particuliers alors qu’elle est dans la moyenne européenne seraient alors superflus. Je sais, j’en demande beaucoup, mais c’est dans les périodes les plus difficiles que se produisent les plus grandes avancées, regarder le nombre de réformes qui ont été prises juste après la seconde guerre mondiale !

2- Pourquoi ne pas essayer de lancer une monnaie mondiale unique ? C’est bien sur totalement illusoire à court voire à moyen terme mais qui aurait cru en l’Euro il y a 60 ans. Je trouve l’idée européenne très belle et elle a surement permis une stabilité économique et une meilleure harmonie entre peuples européens. Mais ce que j’aime moins, c’est quand on commence à défendre l’idée de l’Europe pour résister aux autres puissances économiques. Bien sur, de manière pragmatique c’est ce qui s’est passé et ce qui se passe encore mais à l’heure de la mondialisation totale et des échanges facilités entre tous les pays, une monnaie unique serait un formidable contre-pied aux extremistes, communautaristes, nationalistes de tous bords.

3- Pourquoi consommer toujours plus ?

Je suis un partisan sans réserve du progrès et de la recherche même si ceux-ci doivent être accompagnés de garde-fous pour que les retombées positives prennent toujours le dessus sur les utilisations dérivées ou dangereuses (apports de la génétique contre risques d’eugénisme, apports du nucléaire civil contres risque de propagation des armes nucléaires). Mais ce progrès a-t-il vraiment besoin d’une croissance toujours plus grande de la consommation ? Je suis le premier à en être la victime, à racheter un nouvel ipod avant même que le précédent ne fonctionne plus, voire même à participer activement du processus puisque travaillant moi-même dans le marketing mais est-ce une raison pour ne pas se poser de question ? Les partisans de la décroissance toujours plus nombreux aujourd’hui me paraissent parfois un peu trop alarmistes.

Ils jouent parfois trop des peurs (en partie justifiées) sur la pollution croissante, les réserves en énergie déclinantes ou les changements climatiques (on oublie de dire que les changements climatiques qui ont bouleversé notre planète ont aussi permis à l’espèce humaine de se développer et que les écolos, dans leur désir de sauve toute espèce vivante sur la planète, sombrent parfois dans une dérive inverse, de vouloir controler artificiellement à leur tour l’évolution de la planète … certes j’exagère un peu !). Ces partisans oublient aussi les données démographiques et économiques … allez demander à la Chine, l’Inde, voire l’Afrique de ralentir leur croissance aujourd’hui !

Mais ces réserves déposées, il me semble quand-même que nous pourrions réfléchir le progrès autrement, concentrer par exemple la recherche ou l’innovation dans l’économie d’énergie, l’amélioration de la nutrition (combien coute à l’économie les conséquences de la malbouffe aujourd’hui ?), la santé et surtout l’accès à la asnté pour tous, l’éducation ou le partage des connaissances et … pour rever à des futurs improbables, l’espace qui semble avoir été délaissé car couteux et abasolument pas rentavle à court terme …

C’est promis, je m’éparpillerai moins pour mon prochain post, c’était l’enthousiasme du premier, à vos plumes aiguisées désormais pour commenter ces propos passionnés !