Grrrr…amère

25 11 2009

Je suis conscient de ne pas être dans l’air du temps mais j’avoue être de plus en plus excédé par le laisser-aller grimpant vis-à-vis de la grammaire en France.
Je ne suis pas de ceux qui pensent que tout était mieux avant et qui ressassent des propos du genre : « le cinéma des années 60, c’était autre chose » ou « la musique classique, c’est tout de même une classe au-dessus des musiques actuelles », ou encore « l’art moderne, c’est du non-sens » etc.
Je pense au contraire que nous avons souvent gardé ce qu’il y avait de meilleur des générations passées et que nous ferons également le tri dans notre culture actuelle.
Concernant les modes d’éducation, l’apprentissage « par cœur » de la génération de nos grands-parents avait ses avantages (mon grand-père pouvait me réciter un nombre incalculable de poésies) mais aussi ses défauts (probablement trop de bachotage et pas assez de temps pour la réflexion).

Mais pour en venir au sujet du jour, je crois tout de même qu’il y a une véritable régression dans la maîtrise de la langue française aujourd’hui. Et je ne parlerai pas de l’orthographe ici qui en est une des composantes mais plus de la grammaire qui a un rôle encore plus important à mon sens. En effet quand je lis désormais de plus en plus souvent dans des e-mails, voire dans des articles sur internet des fautes du type « j’ai oublier » ou « les chocolats que j’ai mangé », je me demande de plus en plus l’importance que les personnes attachent à la grammaire et par là-même à la compréhension de la langue.
Car il s’agit bien de cela, personne n’est bien sûr à l’abri de fautes d’inattention, d’autant plus dans des e-mails rapidement rédigés mais lorsqu’ils s’agit de fautes liées au sens de la phrase, c’est beaucoup plus inquiétant.

Or la grammaire c’est ce qui structure notre langue et par là-même notre pensée. Si nous perdons cette richesse, nous régresserons obligatoirement dans notre communication et notre intelligence car la palette des possibles diminuera. Quand j’entends certaines personnes pousser à l’abandon du subjonctif ou de certains temps sous prétexte qu’ils sont rarement utilisés ou quand j’entends certaines personnes encourager la simplification de l’orthographe, c’est pour moi aussi inquiétant que de refuser l’ajout de nouveaux mots à notre langue.

Alors d’où viennent ces dérives ? Probablement de plusieurs facteurs :

L’enseignement de la grammaire en classe
J’avoue être peu renseigné sur la question mais j’ai l’impression que les basiques ne sont plus enseignés de la même manière. J’avais entendu par exemple dans un reportage qu’il était demandé aux enseignants de ne plus nommer explicitement un COD ou un COI, exemples à l’appui mais de les replacer uniquement dans le contexte lors de lectures en classe. Cette évolution me laisse perplexe car elle sous-entend que l’enfant n’est plus capable d’apprendre une théorie pour ensuite l’appliquer mais qu’il aurait directement besoin de la pratique. Cela va dans le sens actuel qui pousse à limiter les efforts de l’enfant et à niveler par le bas. Ou c’est l’excès inverse, comment faire compliqué quand on peut faire simple : utiliser le jargon de l’éducation nationale, type,  » focalisation omnisciente  » ou « continuité textuelle », absurdités qui dégoûtent les élèves comme le raconte Erik Orsenna dans La Grammaire est une chanson douce.
Pour prendre mon exemple, je me souviens que mon niveau de français en primaire était franchement moyen mais que l’apprentissage de la grammaire et l’intérêt progressif pour la lecture à partir du collège (grâce à de bons profs de français) m’ont fait aimer la langue française. Je me souviens avoir pris un réel plaisir dans l’apprentissage de la grammaire latine et allemande également et je suis d’avis que conserver un apprentissage minimum du latin serait très utile. Et aujourd’hui c’est un réel bonheur de pouvoir manier les mots et de ne pas m’empêcher de développer une idée de peur de ne pouvoir l’exprimer correctement. D’ailleurs je me rends compte que mes lacunes en anglais (autant du vocabulaire que du bon usage de la langue) sont handicapantes dans mon travail. J’ai l’impression d’être tout simplement plus « bête » en anglais.

La vampirisation du livre par l’écran
Bien sûr, un enfant de 10 ans est aujourd’hui capable de surfer sur internet et peut pour n’importe lequel de ses exposés se documenter ainsi très rapidement. Bien sûr la télévision, si bien utilisée, peut également est un formidable vecteur de culture. Mais tout ce temps est pris à la lecture et j’en suis le premier conscient car je cède souvent à la tentation de l’écran. Or il est très clair que l’on est beaucoup plus passif face à un écran que face à un livre. Et la lecture est une nourriture indispensable pour aimer et bien manipuler une langue. Mais comme pour la nourriture justement, il ne faut pas en dégouter les enfants (faire lire des pavés en 6ème par ex) mais plutôt avancer selon les plaisirs de chacun en essayant régulièrement de faire goûter des nouveaux styles.

Le phénomène SMS
Extraordinaire l’invention du téléphone portable et fascinante l’utilisation du texto. Je reste encore sidéré de voir à quelle vitesse sont capables de communiquer certains par ce média. Mais s’il ne me viendrait pas à l’idée de dire qu’un ado doit faire des phrases complètes via ses SMS – toute l’utilité de ce média perdant ainsi son sens – je pense qu’il représente un risque car il peut devenir la norme. Demandez à des professeurs de français, je pense que 100% d’entre eux auront des anecdotes sur des phrases sms dans des copies, comme l’euthanasie qui devint pour un candidat «le tas nazi» !, ou les Martiniquais qui devinrent les « martinikés »

La dictée de Bernard Pivot n’existe plus, signe des temps, alors, pour faire plus « djeun » et international, je lance un appel, créons les « Grammaire Awards » !