Nouveaux Medias de l’Immédiateté : Suppo « R » ts de Satan des Politiciens et des Terroristes

24 09 2010

Les attentats du 11 septembre 2001 ont ébranlé le monde par leur violence inouïe et ont marqué une nouvelle ère dans le terrorisme. C’était il y a déjà 9 ans. Ce qui a marqué, au delà du nombre de morts et de la portée symbolique des bâtiments visés, c’est la vitesse à laquelle l’information a été propagée. Avant même que la seconde tour du World Trade Center ne s’écroule, des millions de personnes étaient déjà rivées sur Internet pour essayer de suivre et comprendre ce qui était en train de se passer.
Les terroristes de tous bords – comme les politiques et tous les communicants et vendeurs de cette planète – ont bien intégré la puissance des médias globaux et immédiats comme la télévision et encore plus internet. Ils donnent à leur action une portée exponentielle et il est à ce titre intéressant de se demander quelle est l’intrication entre terroristes, politiciens et ces supports à travers deux exemples récents :

Une controverse est née il y a quelques mois aux États-Unis autour de l’édification possible d’une mosquée près des ruines de Ground Zero. Pour un récapitulatif succinct mais objectif : C’est au départ le maire de la ville de New York, Michael Bloomberg, qui, suite à une décision unanime de la municipalité, a levé début aout les principaux obstacles légaux à la construction de cette mosquée et de ce centre islamique. Rappelons pour ceux qui ne le sauraient pas que Michael Bloomberg est juif et républicain et qu’il a encore récemment affirmé son soutien au gouvernement israélien, cela pour dire que l’on ne peut pas le complimenter ou le taxer de gauchiste idéaliste (choisissez la mention que vous préférez). Mais son discours prononcé le 3 aout est un prototype de ce que les États-Unis en tant que nation (je ne parle pas de nombreux épisodes/gouvernements regrettables qui ont jalonné leur histoire mais nous avons tous les nôtres) ont toujours prôné vis à vis de la religion et de l’individu : liberté de penser, liberté d’expression, liberté de culte. Vint ensuite se greffer à cette déclaration un discours attendu d’Obama le 13 août, lors du ramadan. Je vous en donne ici un court extrait :

The 9/11 attacks were a deeply traumatic event for our country. And the pain and the experience of suffering by those who lost loved ones is just unimaginable. So I understand the emotions that this issue engenders. And Ground Zero is, indeed, hallowed ground.

But let me be clear. As a citizen, and as President, I believe that Muslims have the same right to practice their religion as everyone else in this country. And that includes the right to build a place of worship and a community center on private property in Lower Manhattan, in accordance with local laws and ordinances. This is America. And our commitment to religious freedom must be unshakeable. The principle that people of all faiths are welcome in this country and that they will not be treated differently by their government is essential to who we are. The writ of the Founders must endure.

Il exprime alors en d’autres termes les mêmes idées que Michael Bloomberg, celles de la liberté de culte et du respect de la propriété privée et, comme lui, y ajoute que le projet devra bien-sûr être suivi de près afin qu’il soit l’occasion d’une meilleure connaissance de l’Islam plutôt qu’un prétexte à oppositions ou altercations.
Que n’a-t-il pas dit …. journaux et politiciens républicains (Sarah Palin en tête) voire certains démocrates lui sont tombés dessus en accusant cette position, au mieux de démagogie vis-à-vis des gouvernements musulmans, au pire d’irrespect pour les morts et les familles des victimes du 11 septembre 2001. L’épiphénomène de ce feuilleton médiatique arrive avec la déclaration d’un pasteur floridien azimuté et extrémiste (avec un révolver posé en évidence sur son bureau tout de même …), annonçant l’autodafé d’un Coran le 11 septembre 2010 si le projet n’était pas enterré. Il a finalement renoncé à son geste mais cela n’a pas empêché des manifestations dans de nombreux pays musulmans.
Voilà, vous avez toute ou partie de l’histoire … mais, en dehors de l’opinion que vous puissiez avoir sur la question de l’édification de cette mosquée, ce qui pose question est cette vitesse de propagation d’une information pas importante en soi (il existe des excités partout et bruler un livre, religieux ou pas, ne représente pas un délit) mais dont la réception commentée et/ou déformée peut avoir des répercussions géopolitiques graves.

Ce pasteur a pu via internet proférer ses menaces d’autodafé et il aurait pu mettre en scène son acte et le mettre en ligne de telle sorte que dans les minutes qui auraient suivi, la vidéo aurait fait le tour du monde sur la toile, sans compter les nombreuse chaines qui auraient décidé de montrer les images ou de véhiculer l’information, cherchant avant tout l’audimat. En outre, ce n’est bien sûr pas le discours d’Obama ou de Bloomberg que vous aurez majoritairement vu ou entendu sur les chaînes de télévision, ce sont bien sûr les discours de ce pasteur floridien dont personne n’aurait rien à cirer sans la magnifique invention qu’est Internet.

Entendons-nous bien : je ne suis pas un réactionnaire regrettant le télégraphe que je n’ai jamais connu ! Je suis d’ailleurs ici le premier à mettre en ligne mes réflexions et à me servir de cette source infinie d’informations qu’est Internet. Non, ce qui m’inquiète : c’est la puissance et l’absence de contrôle de ces nouveaux médias. Ce qui m’inquiète, c’est l’absence de filtre à recevoir de l’information ou de la désinformation via Internet. Ce qui m’inquiète c’est l’obligation des journalistes web / télé ou des quotidiens à traiter l’information par la biais du sensationnel et du voyeurisme plutôt que via l’analyse. Bien-sûr ce sont aussi ces médias qui permettent à des dissidents de nombreuses dictatures de passer à travers les mailles de leurs gouvernements et de nous transmettre plus vite la vérité. Mais quelle arme à double tranchant … et ce deuxième exemple en est une bonne illustration :

L’enlèvement et tous les événements qui ont pu se dérouler avant, pendant et après la libération d’Ingrid Betancourt relèvent du pouvoir des médias et de leur utilisation par tous les acteurs de ce drame.
Je vous éviterai ici la chronologie des faits trop nombreux et complexes. Pour les courageux ou les curieux, la principale intéressée vient de sortir un livre de 700 pages, récit de sa captivité et, que l’on éprouve antipathie et/ou compassion pour le personnage ( dur d’éprouver de la sympathie en tout cas), le livre, si j’en crois certains critiques, présente en tout cas l’intérêt d’être un témoignage assez unique sur ce type de captivité.
Ce qui m’intéresse ici, c’est donc l’utilisation des médias par tous les protagonistes jusqu’à Ingrid Betancourt elle-même :

– Les FARC se sont bien sûr servis de la notoriété de leur otage, notamment vis-à-vis du gouvernement français qui fut prêt à un stade des négociations à accepter sur son sol des membres de leur organisation en tant que réfugiés politiques.
– Le gouvernement colombien (dont il faut rappeler qu’Ingrid Betancourt était une opposante au moment de son enlèvement en 2002, reconnue à l’étranger mais peu en Colombie, elle était alors créditée d’à peine 1% des intentions de vote) : Alvaro Uribe, longtemps gêné par la notoriété de cette otage à l’étranger, notamment en France, a finalement récolté une belle popularité, tant dans son pays qu’à l’étranger, via l’opération réussie pour sa libération et celle de 14 autres otages.
– Le gouvernement Français (de Villepin à Sarkozy), bien relayé par les médias et les people (d’Ardisson à Renaud) en a fait une priorité dans sa politique extérieure, quitte à mettre à mal ses relations diplomatiques avec plusieurs pays. Il s’est bien-sûr attribuer une belle part du gâteau dans sa libération alors qu’il avait essuyé fiasco sur fiasco et que la libération elle-même ne doit rien à la diplomatie française. Je suis par ailleurs peu étonné mais tout de même choqué de voir l’énormité des moyens mis en œuvre pour la libération d’une seule personne, sous prétexte de sa notoriété et de sa proximité avec des politiciens (Ingrid Betancourt est la belle-soeur de l’ambassadeur Français en Colombie de l’époque et une amie proche de Villepin) quand d’autres continuent à subir le même sort mais ne jouissent du même intérêt médiatique.
– Et Ingrid Betancourt, qui, si elle a subi les pires atrocités et des traitements inhumains que l’on ne peut souhaiter à personne sur cette planète, n’en reste pas moins une communicante experte dans l’art d’utiliser les médias à ses propres fins.

Bref, cette histoire glauque à tous les échelons, dénote, en plus de ce pouvoir de transmission de l’information (les FARC, et même Ingrid Betancourt via son poste radio, recevaient en temps réel les infos nécessaires au fin fond de la jungle et pouvaient faire de même), de la guerre de l’information que peuvent se livrer politiciens, terroristes et autres protagonistes, à des fins populistes ou électoralistes, et cela avec l’aval inconscient de cette machine incontrôlable et inarrêtable à régurgiter tous les contenus.

Mais pour finir avec une note plus positive, force est de constater qu’a contrario les populations, plus elles sont habituées à ces nouveaux médias, plus elles agissent tels des petits journalistes à leur échelon : Elles interprètent les informations, elles filtrent (en démultipliant les sources) et elles réagissent à leur tour en véhiculant leurs opinions via blogs et forums comme je m’efforce de le faire ici.

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