Coca-Cola c’est ça

18 11 2009

Comme certains d’entre vous le savent déjà, j’ai eu la « chance » de travailler pour Coca-Cola pendant une année entre 2002 et 2003.
Quand on me demande quelle expérience j’en ai retirée, je suis un peu ennuyé.
En effet je crois pouvoir dire que je n’ai jamais aussi malheureux de me lever le matin pour aller bosser. Et de retour le soir ce n’était pas franchement mieux comme ma femme pourrait en témoigner tellement j’ai du lui faire subir mon stress.
Cela dit, je ne peux nier, les années ayant passe, que j’y ai appris des choses utiles a mon vilain métier de marketeux.

Commençons donc par le positif et le mot prend tout son sens ici :
– Comme probablement de nombreuses boites américaines, Coca-Cola a le culte du positivisme, je vous raconterai plus loin jusqu’à quelle extrémité ils peuvent le pousser mais force est de reconnaitre que dans certains cas de figure ils n’ont pas tort. Pour vendre un produit, mieux vaut le faire avec le sourire. Rien de pire par exemple qu’un brainstorming ou les gens s’interdisent une idée en mettant en avant ses contraintes plutôt que son potentiel.
– Coca-Cola m’a appris l’importance de la forme dans l’acte de vente. Je n’ai jamais autant « présenté » que chez Coca-Cola, j’ai écrit des milliers de pages powerpoint pour défendre mes projets, le plus souvent en interne et le point essentiel que j’en ai retiré est le suivant : quand vous présentez, racontez une histoire. En effet, rien de plus efficace pour maintenir l’attention de son auditoire que de formuler son projet sous forme d’une histoire que vous leur racontez.

Bref, je ne suis pas ingrat et je suis donc reconnaissant a Coca de m’avoir enseigne des méthodes. Mais j’en ai subi aussi toutes les absurdités.

– je parlais de la « positive attitude » : ils l’ont pousse jusqu’a m’entendre dire, 3 mois après mon arrivée : « Eric, nous sommes satisfaits de ton intégration et de ton travail mais il y a un problème, tu dois plus sourire. Nous sommes en Open Space et tu ne peux pas te permettre d’avoir l’air tourmenté ou sérieux quand tu travailles .. » imaginez ma surprise et ma problématique : se forcer a penser a sourire constamment alors que j’étais surmené, voire parfois aux limites de la déprime !

– Apprendre a raconter une histoire c’est bien mais « raconter des histoires » c’est moins bien. On apprend bien sur a enjoliver dans les métiers du marketing mais on nous encourageait parfois a fausser nos chiffres dans les présentations internes pour justifier de la réussite ou de l’intérêt de nos projets …

– Le culte de la forme (tiens c’est drole que la « forme » prenne un « poids » si important chez Coca) c’est un bon apprentissage mais le résultat compte aussi : Je me souviens d’être sorti de réunions ou notre projet avait été rejeté mais ou mon boss était satisfait car j’avais bien présenté. Devant mon scepticisme, il m’expliquait grossièrement qu’il valait mieux que mon projet échoue mais que j’ai laissé une image positive auprès de la direction que l’inverse … difficile pour moi de dissocier les deux !

– Le culte de la forme a son apogée lors du « roadshow » annuel, sorte de grande messe destinée à présenter les plans marketing a venir et a motiver l’ensemble des employés. Ce roadshow se déroulait sous forme de spectacle géant où chaque chef de produit devait exposer ses plans face à 500 personnes avec le plus d’éclat possible. La responsable de la marque phare, avec une assurance énorme, se lance avant de rentrer dans le vif du sujet, dans une reprise d’une chanson de Tina Turner ! La foule applaudit en délire … passe ensuite un autre responsable de marque n’ayant pas les mêmes aptitudes, la cinquantaine essayant de parler djeun … un véritable cauchemar !

– Le culte de la forme toujours qui nous poussait à passer des heures sur nos présentations : à l’époque en tout cas, je pense pouvoir dire qu’a un instant t, 90% de la boite devait être devant une présentation powerpoint sur son ordinateur ou en train de l’exposer en réunion !

Coca-Cola c’était donc ça, le royaume du think positive et donc de l’hypocrisie maladive. D’ailleurs j’avais si bien compris les recettes a la fin – je ne vous parle pas de la fameuse formule secrète, celle-la si vous êtes motivés ce film pourra vous aider à la retrouver – que lors de l’entretien ou ils m’ont annonce ma prolongation de contrat, j’ai pu leur dire avec mon plus beau sourire « Non merci » et j’avoue y avoir pris un certain plaisir ..ée